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les Sarto's > Bienvenue > Arts > Histoire > 50 ans de rock
    50 ans de rock  
    noAuteur - Hachette - 1990-01-01      
    Le rock, ce n'est pas seulement le rock n'roll, la musique des années 50, celle de Bill Haley, d'Elvis Presley, ou de Chuck Berry.  
    Il y avait avant eux des formes primitives de musique rock. Il y eut après eux des styles et des genres très nombreux, de plus en plus évolués musicalement, que l'on a pris l'habitude d'appeler rock music aux Etats-Unis et en Angleterre. Ce vocable particulier de musique rock recouvre aujourd'hui des réalités mélodiques et rythmiques bien différentes malgré leur évidente parenté.  
    L'histoire du rock est donc celle d'une musique en évolution : le rock quasi symphonique de Pink Floyd a ici sa place, tout comme les hymnes rageurs des punks, les ballades lancinantes du reggae, les chants plaintifs des premiers blues ou les musiques synthétisées des années 80.  
    La culture rock a aujourd'hui cinquante ans. C'est bien assez pour que l'on puisse en tracer l'histoire.  
   

Les origines

 
    Au commencement, il y avait, sur les plantations du Sud des Etats-Unis, de pauvres ramasseurs de coton, des travailleurs noirs dont les pères furent les esclaves des Blancs. Dans la région du Delta du Mississippi (il ne s'agit pas du delta du fleuve, mais d'une vaste zone triangulaire fortement peuplée et consacrée à la culture du coton, à cheval sur le sud du Tennessee, l'ouest du Mississippi et l'est de l'Arkansas). Les ouvriers agricoles noirs avaient développé, un peu en vase clos, une forme de musique fortement rythmée dont les origines remontaient au temps de l'esclavage.  
    Ces chants de travail qui aidaient à la besogne se transformèrent peu à peu, à partir du début du XXe siècle, en ballades lentes ou rapides destinées aux petits bals de campagnes, qui se tenaient généralement le samedi soir dans les hameaux les plus reculés du Delta. Les communautés noires, qui n'avaient désormais que très peu de contacts avec les Blancs, pouvaient donner libre cours à leur goût du chant et de la danse.  
   

Les années 40

 
    En 1937, un jeune guitariste du nom de Robert Johnson enregistrait 29 titres pour le compte d'une maison de disques spécialisée dans la fabrication et la distribution des race records (des "disques de race" … ). Les Noirs américains avaient tout de suite adopté les nouvelles techniques de reproduction sonore et ils constituaient, malgré leur pauvreté, un public fidèle aux disques folkloriques noirs, qui répandaient dans tout le Sud des Etats-Unis et même au-delà, la musique rude des guitaristes chanteurs du Delta.  
   

Le blues rural

 
    Robert Johnson connut un grand succès : ses textes parlent de la vie errante des baladins noirs, des amours de passage, de l'alcool, de la tristesse, du mal du pays, du travail des champs. Sur un accompagnement fortement rythmé par un jeu de guitare particulièrement évolué (il joue en même temps les basses et des arpèges aigus, ce qui donne l'impression qu'il y a plusieurs guitaristes), il chante des couplets composés en vers à peu près réguliers. En fixant pour longtemps la forme du blues (introduction instrumentale, plusieurs couplets, solo instrumental, dernier couplet et fin), cet artiste a jeté les bases du rock tout entier. Dans le courant des années 60, par exemple, de nombreux groupes de rock reprendront ses chansons, en se contentant d'utiliser des instruments électriques, ce que Johnson, bien entendu, n'avait pu faire : Les Rolling Stones interprètent "Love in vain", Eric Clapton "Crossroads" ainsi que "Ramblin'on my mind", et le dernier morceau chanté par les Blues brothers dans le film de John Landis, en 1980, est "Sweet home Chicago" .  
    Un autre morceau de Robert Johnson, "Dust my broom", si souvent repris par les rockers, sert maintenant de fond musical à des spots publicitaires vantant les mérites d'une marque de café !  
    Le blues rural de Robert Johnson a donc fixé la forme musicale du rock, en synthétisant bien des influences. Beaucoup d'autres artistes noirs ont connu la célébrité au cours de ces années 40.  
    C'est là qu'il faut chercher les racines de l'explosion rock de la période Presley. Quinze ans avant les rockers blancs, les bluesmen (les joueurs de blues) du Sud avaient trouvé la formule de la musique qui devait devenir la forme d'expression artistique la plus populaire de la seconde moitié du vingtième siècle.  
    Il ne faut donc pas oublier la dette contractée par le rock envers les artistes trop souvent oubliés : Big Joe Williams et son chant râpeux, Son House, qui popularisa la guitare métallique employée aujourd'hui par Dire Straits, Big Bill Broonzy, dont la dextérité émerveille, Lightnin' Hopkins, rapide comme l'éclair, Leadbelly et sa guitare à douze cordes, Sonny Terry l'harmoniciste, associé à un baladin plein de verve et d'humour, Brownie Mac Ghee, les chanteurs guitaristes aveugles, Blind Lemon Jefferson, Blind Blake, Blind Willie Mac Tell et tant d'autres.  
   

Le blues de Chicago

 
    A partir de 1920, et dans le courant des années 30 la production du coton connut une grave crise aux Etats-Unis. De plus, la renommée des grandes villes attira les ouvriers agricoles noirs dans les grandes villes du Sud : Memphis, Saint Louis, New Orleans. Beaucoup allèrent plus au nord, dans la grande cité industrielle du Middle West, Chicago.  
    Là, le blues des pionniers rencontra l'électricité : les guitaristes utilisèrent des amplificateurs, abandonnèrent les guitares acoustiques. Lentement, la formation-type du rock se constitua dans les orchestres noirs de Chicago et de Memphis : guitare-chant-basse-batterie. Dès la fin des années 40, Muddy Waters, Elmore James, John Lee Hooker, BB King, Jimmy Reed, Willie Dixon et bien d'autres constituèrent un vaste répertoire dans lequel les rockers blancs des années 50 et 60 puisèrent très fréquemment.  
    Mais en ces temps reculés où l'électricité ne l'avait pas encore partout emporté, un instrument majeur parvint à maintenir sa domination : le piano. Grâce à des interprètes d'exception comme Jimmy Yancey, Albert Ammons, Pete Johnson, Meade Lux Lewis, Count Basie, Art Tatum ou Oscar Peterson, il put encore sans électrification faire danser des salles entières sur des mélodies sautillantes, fortement rythmées par les basses "ambulantes" du boogie-woogie. Genre dérivé du blues rural, inspiré par le swing et la nécessité de faire danser, le boogie domina l'après-guerre et fut le genre de prédilection des grands pianistes de la première vague du rock n'roll, noir ou blanc : Fats Domino et Jerry Lee Lewis ont un jeu très fortement marqué par le boogie-woogie.  
   

Les années 50

 
    Dès le début des années 50 les artistes noirs commençaient à utiliser l'expression "rock n'roll" dans leurs chansons. Peu à peu, ce genre de ballades rythmées construites sur trois accords, utilisant piano, basse, batterie, guitares électriques, prit le nom de "rythm n'blues" lorsqu'il était joué par des orchestres noirs et de rock n'roll lorsque c'étaient des Blancs qui l'interprétaient.  
    En 1954, "Rock around the dock" de Bill Haley lança un style, le rockabilly, qui devait faire recette : Elvis Presley devint très vite le leader du mouvement, reprenant de manière provocante et sauvage les chansons du répertoire noir. 1954 et 1955 virent ainsi la reconnaissance d'un style de musique qui était né un peu plus d'une quinzaine d'années auparavant.  
   

Le rock n'roll des "gars du Sud"

 
    Tous les rockers blancs de la première génération étaient des sudistes pur-sang, élevés au milieu des chants d'église, attirés par la musique d'une communauté pourtant tenue à l'écart par la ségrégation raciale. Elvis Presley est né à Tupélo, dans le Mississippi; Jerry Lee Lewis en Louisiane, Buddy Holly au Texas, Gene Vincent en Virginie, Carl Perkins dans le Tennessee, Roy Orbison au Texas, Johnny Cash en Arkansas. Quant à Eddie Cochran et aux Everly Brothers, respectivement nés dans le Minnesota et à Chicago, ils font figure de "nordistes", mais viennent d'Etats fortement marqués musicalement par les migrations noires des années 30 et 40.  
   

Le "rythm n' blues", ou "rock n' roll noir"

 
    Bien que l'on attribue la paternité du rock n'roll aux artistes blancs (Bill Haley, Elvis Presley, Carl Perkins, Jerry Lee Lewis). il est nécessaire de comprendre que dans l'Amérique ségrégationniste des années 50, aucun chanteur noir n'aurait pu toucher durablement la totalité du public blanc américain. Il y avait donc, pour des raisons commerciales, deux hit parades : celui des Blancs, fortement marqué par les impératifs du marché blanc, et celui des Noirs qui, soutenu par les radios noires seulement, ne pouvait raisonnablement espérer toucher plus de 10 à 15 pour 100 de la population américaine.  
    L'industrie américaine du disque continua d'agir comme à l'époque des race records : elle assura systématiquement la promotion des artistes blancs, qui se contentaient le plus souvent de reprendre des chansons de Noirs, et abandonna au ghetto du hit-parade rythm n' blues les vrais créateurs du genre : Ray Charles, Chuck Berry, Fats Domino, Little Richard, Big Joe Turner ou Bo Diddley.  
    Pour une bouchée de pain, les imprésarios blancs rachetaient à leur gré les droits des créations des artistes noirs : Bill Haley fit fortune avec "Shake, rattle and roll" de Big Joe Turner, Presley trouva la célébrité dès son premier 45 tours grâce à un air de Arthur Big Boy Crudup, bluesman du Mississippi : "That's all right, mama". "Tutti frutti" de Little Richard fut également repris par Presley, puis par Pat Boone, de manière très édulcorée. Ray Charles ("What'd l say") Fats Domino (" Blueberry hill"). Chuck Berry ("Johnny B. Goode") durent se battre pour préserver leurs droits d'auteurs.  
    Il fallut attendre quelques années avant que l'origine réelle du rock n'roll soit connue. Certains rockers blancs admettaient en privé que le genre des chansons qu'ils interprétaient était originellement noir, mais rares furent à cette époque ceux qui acceptèrent d'attribuer à leurs véritables créateurs les airs qui avaient assuré leur célébrité.  
    Les rockers anglais de la décennie suivante, Rolling Stones, Clapton, Beatles, eurent une attitude diamétralement opposée et, grâce à eux, les artistes noirs de la première vague rock connurent un regain de célébrité.  
   

Les années 60

 
    Le rock n' roll avait dès ses débuts été perçu comme une forme de rébellion adolescente face au système américain. Tandis que Marlon Brando et James Dean cristallisaient au cinéma cette attitude de refus, Elvis Presley avec ses déhanchements, Jerry Lee Lewis avec l'excentricité de son jeu de scène, Gene Vincent avec son blouson noir contribuèrent à donner au genre musical nouveau une image assez négative aux yeux des adultes de l'époque.  
    Aussi, dès la fin des années 50, des artistes à l'allure plus sage, comme Ricky Nelson, Johnny Burnette ou les Everly brothers mirent l'accent sur l'aspect "blanc" du rock n'roll. Abandonnant les rythmes trop saccadés, spécialisés dans les ballades plus lentes et le travail des voix, ils préparèrent la voie aux grands mélodistes américains que furent les Beach Boys ou Simon et Garfunkel.  
   

La musique pop anglaise

 
    Mais en même temps que s'assagissait la première génération du rock, un groupe de quatre musiciens anglais fit irruption sur la scène rock mondiale : les Beatles, venus de la ville ouvrière de Liverpool, imposèrent un style nouveau, à la fois rythmé, harmonieux et sage : la pop music.  
    Parallèlement au succès des Beatles, des groupes plus marqués par le blues et le rock américains parviennent à s'imposer : ainsi les Rolling Stones, les Who, les Kinks et bien d'autres réussirent à prendre la place laissée vacante par les premiers rockers.  
   

Naissance d'une culture rock

 
    A partir de 1963, l'Amérique subit plusieurs chocs qui seront déterminants pour son histoire : l'affaire des fusées de Cuba, à la fin de 1962, avait mis en évidence les risques d'une guerre nucléaire imminente avec l'Union soviétique.  
    Puis le président John Kennedy, assassiné à Dallas, laissa derrière lui un vide politique considérable. Parallèlement, la minorité noire exigeait, parfois violemment, l'application de ses droits constitutionnels.  
       
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