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    Keith Haring activiste pop  
    Anastasia Altmayer - Arts Magazine, no. 76 - 2013-05-01      
    Il y a l'artiste, qui a imprimé sa marque en sortant la peinture dans la rue et en la déclinant en produits dérivés. Mais il y a aussi le Keith Haring révolté, qui voulait changer le monde. Le musée d'Art moderne et le 104, dans une double exposition, mettent en avant la nature politique de l'oeuvre du New-Yorkais.  
    En une carrière éclair d'à peine plus de dix ans, Keith Haring est parvenu à créer un véritable langage universel, compréhensible, identifiable et reconnu par-delà les frontières. Déjà de son vivant, ses idéogrammes avaient fait le tour du monde, séduisant le plus grand nombre par leur ligne fluide, leurs couleurs vives et leurs bonshommes d'apparence naïve, pourtant porteurs de messages politiques. Vingt-trois ans après sa disparition, il en est toujours ainsi. Habité par une énergie inépuisable, Keith Haring est partout. Dans l'espace public - qu'il s'approprie illégalement avec ses « subway drawings » (dessins du métro), ou officiellement en répondant à des commandes -, dans les night-clubs, les galeries, les foires internationales, les musées et même dans les vitrines de ses pop shops…  
   
 
    Dans les différentes facettes de son travail, un dénominateur commun : l'engagement pour l'épanouissement de l'individu - menacé par l'oppression étatique, le pouvoir de l'argent, le fanatisme religieux, les discriminations -, et de l'humanité, mise en danger par la perspective d'un écocide et d'une guerre atomique. Retour sur le parcours de ce créateur activiste qui continue à marquer notre époque.  
   
 
   

Untitled, 1983, peinture vinylique sur bâche vinyle, 457,2 x 701 cm

 
   

Premiers pas d'un enfant rayonnant

 
    Le 4 mai 1958, la ville de Reading en Pennsylvanie voit naître un «radiant child». Bercé par la culture populaire des années 60, imprégné par l'imagerie de deux icônes américaines - Walt Disney et l'auteur et illustrateur Dr. Seuss -, Keith s'initie à l'art de la bande dessinée auprès de son père. Cultivant dès l'enfance un goût prononcé pour le trait, il s'inscrit en 1976 à la Ivy School of Professional Art de Pittsburgh où il étudie durant deux semestres le dessin publicitaire. Se sentant trop conditionné par les codes consuméristes, il réalise très vite que la carrière à laquelle il se destine ne correspond pas à ses attentes. Commence alors, après cette initiation furtive au langage de l'affiche, une riche période de formation autodidacte. Son insatiable curiosité lui procure la rigueur nécessaire à cet exercice périlleux qu'est l'apprentissage par soi-même.  
   
 
   

Unlitled (Subway Drawing), 1984 craie sur papier noir, cadre en fibre de verre 222 x 115 cm

 
    Klee, Dubuffet, Pollock et Christo deviennent ses sujets d'étude. S'ajoute à ces références celle de Pierre Alechinsky à qui le Carnegie Institute de Pittsburgh consacre une rétrospective en 1977. Keith en sort émerveillé et confiant : il retrouve dans l'oeuvre du peintre belge CoBrA des similitudes frappantes avec ses propres créations. Cet écho contribue à alimenter ses réflexions incessantes et ses perpétuelles remises en question qu'il couche désormais sur le papier dans un journal (publié en France chez Flammarion), tenu d'avril 1977 à septembre 1989, cinq mois avant sa mort. Si son enthousiasme est manifeste, celui du public ne tardera pas à l'être : le Arts and Crafts Center de Pittsburgh lui dédie sa première exposition solo en 1978. Mais Keith Haring voit plus loin… il voit New York !  
   
 
   

Untitled, 1985, acrylique sur toile, 152,4 x 152,4 cm

 
   

Manhattan ou l'effervescence artistique

 
    La même année (il est alors âgé de 20 ans), il s'établit dans la Grosse Pomme et intègre la School of Visual Arts (SVA), où l'artiste Keith Sonnier est parmi ses professeurs. Auprès de lui, il étudie la sémiotique et se convainc toujours plus du pouvoir des images. L'on retrouve ici les fondements de son oeuvre globale dans laquelle chaque personnage, animal ou pictogramme est à la fois signifiant et signifié. Des cours pratiques viennent compléter la théorie. Haring s'essaye alors à différents médiums tout en persistant dans l'exercice du dessin : performances, installations, collages inspirés des cut-ups de William S. Burroughs. L'occasion aussi d'expérimenter l'art vidéo qu'il considère comme un moyen de diffusion à grande échelle et dont il use pour avertir (dès la fin des années 70 !) des dangers d'aliénation que comportent les nouvelles technologies. Sur l'une de ses bâches en vinyle de 1984, les têtes de ses personnages emblématiques prennent d'ailleurs la forme d'ordinateurs.  
   
 
   

Untitled, 25 août 1983, acrylique sur bâche vinyle, 1 85,5 x 1 85,5 cm

 
    Si Keith travaille avec obsession, il développe également une vie sociale qui affectera grandement sa carrière. Évoluant dans le milieu florissant de l'underground new-yorkais, il fréquente assidûment les hauts lieux de la contre-culture à Soho et dans l'East Village où il rencontre les peintres Kenny Scharf et Jean-Michel Basquiar, le photographe Tseng Kwong Chi ou encore le chanteur et performeur John Sex. Au sein de ce cercle multiculturel, il assume pleinement son homosexualité, se dit «heureux d'être différent» et mène une vie intime exaltante qui transparaît dans ses dessins. L'historien de l'art Robert Farris Thompson, dans son avant-propos du Joumal de Keith Haring, lui appose d'ailleurs la pertinente étiquette «d'artiste érographe». Il participe à de nombreuses performances et expositions collectives, dont il est parfois l'instigateur, dans des lieux tels que le Club 57 dans l'East Village, véritable foyer de la scène artistique émergeante où se croisent graffeurs et breakdancers, deux disciplines qui ne cesseront de l'influencer.  
   
 
   

Andy Mouse - New Coke, 1985, acrylique sur toile 303,5 x 296,5 cm

 
   

Du métro…

 
    Impressionné dès son arrivée à Manhattan par la virtuosité et la spontanéité des tagueurs du métro, Keith Haring investit à son tour en 1980 les souterrains new-yorkais, devenus son «laboratoire». Il s'approprie les surfaces noires des panneaux publicitaires vacants et les couvre de sa craie blanche. Un exercice déterminant pour son style pictural : le petit voyou doit faire vite pour échapper aux forces de l'ordre et opte alors pour une ligne fluide et continue ainsi qu'une simplification à l'extrême, privilégiant l'efficacité du message. La forme et le fond servent un même objectif. En premier lieu, lutter contre l'oppression étatique. Sensible aux problématiques de la désindividualisation, il force les usagers à s'interroger sur la légitimité de l'ordre établi et les incite à la rébellion. Dans ses scénarios, les représentants du pouvoir voient bien souvent se retourner contre eux leurs interventions violentes : le bâton qui devait servir à tabasser le peuple finit entre ses mains et fracasse le crâne des policiers.  
   
 
   

Untitled, 25 septembre 1985, acrylique et émail sur toile, 304,8 x 457,2 cm

 
    En second lieu, il s'agit également de rendre l'art accessible à tous, de mettre en pièces le piédestal sur lequel il trône injustement. Ce qui compte, c'est la masse. Et la masse aime ça.  
   
 
   

A The Tree of Monkeys, 1984 acrylique sur toile, 152,4 x 152,4 cm

 
    Les commandes affluent, Hôpitaux, centres de soins pour enfants et orphelinats font de plus en plus appel à son trait de génie pour égayer leurs tristes façades. L'espace public comme support officiel cette fois ! En 1982, une animation de Keith Haring est même projetée durant un mois sur les panneaux lumineux de Times Square. Il poursuit son activité d'exposant dans des clubs, ses expérimentations parmi lesquelles la peinture sur le corps, ainsi que ses collaborations artistiques, notamment avec le jeune graffeur portoricain Little Angel. Néanmoins, pas de gloire sans tourments. En 1985, des aspirants collectionneurs commencent à récupérer ses subway drawings, dénaturant par là même leur essence d'œuvres publiques. Keith Haring cesse ses performances de sous-sol dont le nombre excède alors 5'000.  
   

… au musée…

 
    Il emprunte progressivement la voie de l'art institutionnalisé. À New York tout d'abord, où le galeriste Tony Shafrazi organise sa première exposition personnelle à Manhattan en 1982. Ses dessins, bâches bariolées et œuvres in situ remportent un franc succès. S'en suivent sa participation à la Biennale du Whitney Museum en 1983, et sa première exposition de sculptures dans la galerie de Leo Castelli deux ans plus tard. À l'international ensuite. Friand de voyages, Keith accepte avec engouement toutes les offres qui lui sont faites. Il prend ainsi part à des foires prestigieuses : la Documenta de Cassel en 1982, la Biennale de Sâo Paulo en 1983, celle de Venise en 1984, etc. La même année, lorsque l'ARC (espace de recherche et d'exposition au sein du musée d'An moderne de la ville de Paris qui organise aujourd'hui sa rétrospective) lui propose d'apporter sa contribution à une exposition collective, il s'empresse de sauter sur l'occasion. Alors qu'il était âgé d'une dizaine d'années seulement, le petit Keith rêvait déjà «d'être un artiste en France». À raison, puisque l'accueil que les critiques français lui réservent détonne par rapport à l'académisme des journalistes new-yorkais, souvent en contradiction avec l'emballement du public. L'année suivante, sa nouvelle terre de prédilection outre-Atlantique réitère et Keith Haring expose pour la première fois en solo dans un musée, le CAPC de Bordeaux, où il réalise ses panneaux des 10 Commandements, visibles aujourd'hui au 104.  
   

… en passant par la boutique !

 
    Du métro au musée, il n'y a qu'un pas. Qu'en est-il alors du magasin ? En 1983, Keith Haring se lie d'amitié avec Andy Warhol. «La vie et le travail de Warhol ont rendu mon travail possible», déclare-t-il. La star du pop art, qui entretient un rapport ambigu avec la société de consommation (et que Keith représente d'ailleurs sous les traits de Andy Mouse, savant mélange de l'homme Campbell's et de la souris Disney), l'encourage fiévreusement à ouvrir une boutique. Le pop shop voit le jour en 1986 à Soho. L'on y trouve toutes sortes de produits dérivés à l'effigie de ses personnages bien connus: t-shirts, jouets, posters, magnets, baskets, porte-clefs, etc. La gamme n'a cessé de croître : de sa collaboration avec Swatch aux créateurs de mode (Tommy Hilfiger et Jeremy Scott entre autres) qui empruntent encore aujourd'hui ses motifs sous l'oeil de la fondation Keith Haring, l'on trouve de tout pour s'habiller de la tête aux pieds, en passant par l'iPhone !  
   
 
   

Untitled, 1 982, peinture vinylique Sur bâche vinyle, 304,8 x 304,8 cm

 
    Si les critiques new-yorkais l'attendent au tournant pour lui reprocher sa dérive commerciale, Keith assume cette démarche, selon lui conforme à ses idéaux et dans le prolongement même de son travail : alors que sa cote s'envole, le pop shop rend au peuple ce qui est au peuple, et à petits prix ! Que les sceptiques se rassurent : Keith Haring ne s'affaire pas dans sa boutique sept jours sur sept. Il partage toujours son temps entre son atelier de Broadway et l'air libre, surtout l'air libre. Entre 1986 et 1987, il s'adonne à la peinture murale et continue de lutter pour les causes qui lui tiennent à coeur. Sur sa fresque Crack is wack à Harlem, il dénonce les méfaits de la drogue qui sévit comme une épidémie dans la jeune génération new-yorkaise; sur la façade ouest du mur de Berlin, il matérialise son espoir de voir la guerre froide prendre fin et l'Allemagne se réunifier; sur la tour de l'hôpital Necker-Enfants malades, il appose son célèbre radiant child, symbole de vie et d'énergie. «La raison pour laquelle le bébé est devenu mon logo ou ma signature, c'est qu'il est l'expérience la plus pure et la plus positive de l'existence humaine », écrit-il. Pour défendre ses convictions, il a également recours à des campagnes d'affichage.  
    Sa collaboration avec l'artiste conceptuelle Jenny Holzer aboutit en 1986 à l'affiche Protect me from what I want qui résonne comme un appel à s'extraire du piège que représente le fanatisme religieux.  
   

Silence = Death

 
    Le sida, «peste de notre temps», le préoccupe également depuis le début des années 80 au cours desquelles il voit disparaître nombre de ses amis. En 1988, il apprend être lui-même atteint et l'annonce publiquement au cours d'une interview dans Rolling Stone Magazine : «Ça aurait pu arriver plus tôt, et ça arrivera dans tous les cas. Si tu vis ta vie selon ce principe, la mort n'a pas d'importance.» Il sait déjà que son oeuvre survivra à son corps. Ce qui importe à ses yeux : générer l'activisme, rompre le tabou et combler le manque d'informations. En mai 1989, il crée une affiche qui marquera les esprits, Silence = Death, sur laquelle trois personnages anonymes obstruent leurs yeux, leurs oreilles et leur bouche. Plus tard, un spermatozoïde cornu incarnera la maladie dans ses dessins.  
   
 
   

Untitled, septembre 1982, peinture vinylique sur bâche vinyle, 182,8 x 182,8 cm

 
    Obnubilé par le travail, il s'y investit toujours autant, ouvre un second pop shop dans un container à Tokyo, et n'oublie pas ses autres engagements. Au premier plan, The Great White Way qui, sur une gigantesque toile de 1988, prend la forme d'un phallus orné de symboles du capitalisme (le dollar et le diamant taillé), de l'oppression (la couronne) et de l'asservissement (la croix). La même année, le «vil homme blanc» se retrouve décapité par un oppressé noir dans Prophets of Rage, réaction contre l'apartheid en Afrique du Sud. Au coeur de ses préoccupations aussi, l'avenir de l'humanité. En 1982, il avait déjà manifesté sa terreur de la guerre atomique en finançant 20'000 affiches distribuées à l'occasion de l'Anti-nuclear Rally. Six ans plus tard, en 1988, il sort bouleversé de sa visite au mémorial de la Paix d'Hiroshima. Sa conscience du sort incertain de l'Homme se complète par une reconnaissance de sa responsabilité quant à la destinée de la planète. Peu de temps avant de mourir, il peint The Last Rainforest, symbole ultime d'une nature vierge.  
   
 
   

Untitled (Mask), janvier 1987, émail sur aluminium, 190,5 x 134,6 x 55,3 cm

 
    Pour perpétuer ses multiples engagements, Keith Haring crée la fondation qui porte son nom en 1989. Aujourd'hui encore, vingt-trois ans après sa mort le 16 février 1990, elle soutient activement les organismes liés à l'aide aux enfants défavorisés, ainsi qu'à l'éducation, à la recherche et aux soins du sida. Des engagements humanistes auxquels le MAMVP et le 104 rendent aujourd'hui hommage à travers la première rétrospective de Keith Haring consacrée à son activisme politique.  
   

The Dancing Line

 
    Mudd Club, Club 57, Paradise Garage… autant de lieux emblématiques de la montée en puissance du hip-hop dans les années 80. Keith Haring les fréquente, y aiguise son oeil de fin observateur et se laisse happer par l'énergie débordante des danseurs. Leurs mouvements habiles se retrouvent dès lors dans les dessins et sculptures de l'artiste. Deux disciplines le fascinent tout particulièrement. La breakdance, qui s'exerce à même le sol, presque à l'horizontal, lui sert à symboliser l'équilibre et le courage avec des silhouettes périlleusement renversées. Il ne s'agit pas d'un exercice isolé, car même les figures individuelles (contrairement à la pyramide) comme l'hélicoptère, l'araignée ou le pont sont une invitation à entrer dans la danse. Cette même dimension collective se retrouve dans l'electric boogie, avec notamment le motif récurrent de la vague : chaque danseur émet un mouvement souple avec son bras, qu'il transmet comme un courant d'énergie à son voisin. Enfin, il immortalise aussi des performeurs s'exerçant à la capoeira, art martial afro-brésilien, dans une sculpture de 1987.  
   

Les 10 commandements

 
    En 1985, lorsque Keith Haring expose pour la première fois en solo dans un musée, le CAPC de Bordeaux, il choisit de mettre à profit l'architecture de cet ancien entrepôt en créant in situ, en moins de trois jours, 10 panneaux de 7 mètres de haut s'intégrant dans les arches de la grande halle. La thématique des 10 commandements s'impose à lui. Pas si surprenant que cela, car plutôt qu'une illustration des préceptes bibliques, Keith Haring y voit l'occasion d'avertir à nouveau le public des dangers du fanatisme mais aussi de l'argent et de la technologie. Il use à cette fin de la couleur rouge, associée à la fois à l'enfer et au panneau «Stop». Souvent abordés de manière antithétique (deux têtes suçant les branches d'une croix renversée matérialisent le «Tu ne blasphémeras point»), ses commandements sont introduits par un Chemin de Croix de Matisse, «l'un de [ses] peintres préférés», interprétation bien plus littérale des récits testamentaires, mais dont la sobriété de la ligne se rapproche de celle de Keith Haring.  
   
 
   

Un langage visuel

 
    «Je donne des figures simples, mais en même temps complexes, comme des idéogrammes». Si certains motifs récurrents renvoient instinctivement à des concepts généraux (l'écran à la technologie, la pyramide aux fondements des civilisations, le chien à la nature, Mickey à la culture populaire, le radiant child à la vie), d'autres peuvent se référer, en fonction de leur contexte, à des événements singuliers - l'assassinat de John Lennon avec la silhouette au ventre troué - ou à des phénomènes plus ambivalents. Ainsi, le symbole de la croix peut tour à tour représenter l'oppression idéologique exercée par les religions (Protect me from what I want) et la mort dans ses peintures évoquant le sida. De même, la couronne peut faire office d'hommage à Basquiat (A Pile of Crowns for Jean-Michel Basquiat) ou dénoncer le joug de l'État. Pour Keith Haring, ce sont les interactions qui créent du sens. Interactions rendues d'autant plus pertinentes qu'elles s'opèrent entre des silhouettes androgynes (exceptions faites des phallus agressifs, allusion aux dangers du sexe), car c'est l'individu qui prime, au-delà de son appartenance à un genre.  
   
 
   

Untitled, 1982, peinture vinylique sur bâche vinyle, 365,7 x 375,9 cm

 
       
  top Arts Magazine, no. 76 - 2013-05-01