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       - Le jour, le mois, l'année  
    Nicolas Chevassus-au-Louis - Les cahiers de Science & Vie, no.134 - 2013-01-01      
    Pour les grandes civilisations anciennes, décompter le temps servait à mieux encadrer les activités de la société, les caler sur les saisons et fixer les jours de fêtes religieuses.
Elles ont, à cette fin, observé la Lune, le Soleil et les étoiles. Et établi leurs calendriers.
 
    Le jour, le mois, l'année… Ces notions apparaissent avec une remarquable constance dans toutes les grandes civilisations de l'Antiquité. Rythmer et mesurer le temps qui s'écoule sert à organiser la vie quotidienne, mais aussi à célébrer les fêtes religieuses, à honorer les dieux, à comprendre leurs volontés. Toute une vision du monde s'exprime dans un calendrier. Si toutes les civilisations antiques connaissent le jour, le mois et l'année, c'est parce que ces divisions du temps sont celles que l'on déduit logiquement des deux astres les plus faciles à observer : le Soleil et la Lune. Le premier donne la notion de jour et celle d'année. La seconde, par ses cycles d'environ 29 jours, la notion de mois.  
    Compter les lunaisons fut sans doute la première manière de se repérer dans le temps. Cette méthode de mesure du temps est encore utilisée chez certains peuples insulaires du Pacifique, pour qui le rythme des marées, déterminé par la Lune, est très important. Elle convient également à des peuples nomades, tels ceux du désert d'Arabie, qui, en 634, donnèrent au monde le principal calendrier lunaire aujourd'hui utilisé : le calendrier musulman. Mais pour des peuples sédentaires vivant de l'agriculture, comme c'était le cas autour de la Méditerranée ou dans l'Extrême-Orient antique, le calendrier lunaire ne convient pas car l'année solaire ne contient pas un nombre entier de lunaisons. Lorsque la végétation a accompli un cycle complet, il s'est écoulé 11 lunaisons… et un peu plus de 11 jours. Conséquence pratique : il est impossible, avec un calendrier lunaire, de savoir quand semer, activité agricole cruciale, puisque la date propice se décale chaque année dans le calendrier.  
    À l'exception des Égyptiens, qui utilisaient un calendrier uniquement solaire, tous les peuples de l'Antiquité utilisaient des calendriers lunisolaires cherchant à synchroniser les lunaisons, définissant les mois, avec l'année solaire. Comment y parvenir ?  
    D'abord, par l'arbitraire, en rajoutant un mois lorsque le décalage devient trop important. C'est ce que faisait par exemple le collège des prêtres hébreux, très attaché à ce que la Pâque juive ait lieu au début du printemps. Mais progressivement, les astronomes ont découvert différents moyens de synchroniser calendriers lunaire et solaire. La mesure du temps est devenue de moins en moins observée, et de plus en plus calculée.  
   

L'ingénieux système gaulois

 
    Le calendrier de Coligny, témoignage unique des connaissances astronomiques des druides gaulois du premier siècle de notre ère, en offre un exemple. Le patient assemblage des quelque 150 fragments de cette grande plaque de bronze, découverte par hasard en 1897, a révélé un calendrier lunisolaire de cinq années de 12 mois (alternativement de 29 et 30 jours), dans lequel un mois intercalaire est inséré, l'un au début, et l'autre au milieu de la période. «Afin de maintenir l'accord avec le Soleil, 30 jours viennent s'intercaler tous les 30 mois, sauf tous les 30 ans», explique l'ethnologue Donatien Laurent, de l'université de Bretagne occidentale. Un système mnémotechnique remarquable, adapté à une civilisation qui recourait très peu, voire pas du tout, à l'écriture. «Pour les penseurs celtes, comme pour les penseurs grecs, chinois ou indiens, l'intelligibilité de l'univers passe par la mise en évidence de nombres simples et de cycles régulièrement emboîtés», commente le chercheur.  
   
 
   

Témoignage unique, le calendrier lunisolaire gaulois (dit de Cologny) indique que la journée durait une nuit et un jour (Ie-IIe s.)

 
    Si l'observation des mouvements de la Lune et du Soleil définit objectivement l'année, le mois et le jour, elle ne suffit cependant pas à foncier la totalité d'un système de mesure du temps. Il faut par exemple aussi s'entendre sur le moment où débute le nouveau jour : au crépuscule en Mésopotamie, à minuit en Chine, à l'aube en Inde… De même pour la nouvelle année : d'abord au solstice d'hiver, puis à l'équinoxe de printemps en Mésopotamie, par lm système complexe de calculs de lunaisons après le solstice d'hiver en Chine… Enfin, il faut adopter un système de dénomination des années : par année de règne du pharaon en Égypte, ou du roi des cités-États sumériennes selon un décompte continu par rapport à une origine, comme nous le faisons aujourd'hui; ou encore, comme dans les civilisations asiatiques, selon un cycle de soixante ans, ce qui revient à compter le temps en base soixante.  
   

La semaine a 4'000 ans

 
    Dès le XIXe siècle avant notre ère, les marchands assyriens faisaient crédit selon une base de temps de sept jours, correspondant grosso modo à chacun des quatre quartiers de la Lune. L'astrologie de la Mésopotamie ancienne considérait aussi les jours 7, 14, 21 et 28 du mois comme néfastes. Plus tard, toujours en Mésopotamie, la dénomination des jours de la semaine fur faite d'après le nom des six planètes alors connues (Lune, Mars, Mercure, Jupiter, Vénus, Saturne, dont on retrouve l'étymologie dans nos lundi, mardi, mercredi, etc.). Le dernier jour de la semaine était consacrée au Soleil, ce dont seules les langues anglo-saxonnes (Sunday en anglais, Sonntag en allemand, signifiant «jour du Soleil») ont conservé le souvenir. C'est enfin aux Hébreux, durant leur captivité à Babylone, que l'on doit la notion de semaine comme rythmant le temps vécu, avec la prescription religieuse («et le septième jour, Dieu se reposa» dit la Genèse) du repos hebdomadaire.  
   

 

 
   
 
   

En Chine, on utilisait les étoiles des constellations circumpolaires (visibles toute l'année) pour fixer les dates des saisons.
(Zodiaque enbronze, période Tang, VIIe s.)

 
   

L'expression du religieux

 
    «La grande majorité des calendriers repose sur quelques idées très simples : suivre un ou deux astres, et faire intervenir quelques nombres symboliques relatifs à une culture», résume le mathématicien Jean Lefort, dans son introduction au livre «Les Calendriers. Leurs enjeux» dans l'espace et dans le temps. Un calendrier exprime ainsi la culture d'une civilisation, en particulier religieuse. Partout, la nouvelle année est célébrée, en plus des fêtes, souvent plusieurs par mois, propres à chaque religion. Outre à ordonner les cérémonies liturgiques, le calendrier sert aussi à organiser la vie quotidienne, car toutes les périodes ne sont pas réputées propices aux mêmes actions. Les mois de 30 jours sont ainsi appelés mat («bon, faste») et ceux de 29 jours anmat («mauvais, néfaste») dans le calendrier gaulois. La position de la Lune par rapport aux constellations définit, dans l'Inde védique (du IIe millénaire au VIe siècle avant notre ère), une nakshatra (maison lunaire) réputée conditionner le succès ou l'échec d'un mariage, d'un voyage, de la mise en chantier d'une maison. À Babylone ou dans la Chine des Han, on connaît des almanachs déterminant avec un luxe de précisions les activités qu'il est recommandé ou déconseillé d'entreprendre chaque jour. Historiquement, l'astronomie est indissociable de l'astrologie, et c'est dans le calendrier que leur rencontre est la plus spectaculaire.  
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