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       - Les calendriers du Livre  
    Jean-Philippe Noël - Les cahiers de Science & Vie, no.134 - 2013-01-01      
    Détenir les clefs du temps est d'une aide précieuse pour administrer la vie des communautés.  
    D'où l'effort consenti par les trois grandes religions monothéistes afin d'établir et de gérer le calendrier. Mais les orbites du Soleil et de la Lune se moquent boien des contingences humaines. Faire coïncider la liturge et la course des astres releva du casse-tête.  
   
 
   

Sur ce calendrier julien de septembre, les jours sont numérotés dans la voûte céleste, marquant les débuts d'une mesure scientifique du temps. (Les Très Riches Heures du duc de Berry, XVe s.)

 
   

A la recherche des dates de Pâques

 
    La date de Pâques suscita, dès le début de l'ère chrétienne, de nombreuses controverses au sein de la communauté chrétienne. Selon les Évangiles, la crucifixion du Christ eut lieu durant les fêtes de Pessah, la Pâque juive, autrement dit. durant une période de pleine lune, proche de l'équinoxe de printemps. Les premiers chrétiens fêtèrent Pâques de la même manière que les juifs. Jusqu'à ce que, au IIe siècle, le pape Victor Ier impose que les Pâques chrétiennes célèbrent seulement la résurrection du Christ. Durant le concile de Nicée, en 325, il est établi que les fêtes de Pâques seront commémorées le premier dimanche après la pleine lune qui suit l'équinoxe de printemps, une conjonction qu'il n'est pas facile de prévoir.  
   
 
   

L'agneau divin, symbole de Pâques. (XVIe s.)

 
    Il est donc décidé de la création d'une lune fictive, appelée Lune pascale. Sa périodicité répond aux calculs d'un calendrier perpétuel qui sert de base à l'ensemble du Comput, c'est-a-cure au calendrier des fêtes mobiles de la religion chrétienne. L'Église orthodoxe continue quant à elle de fêter Pâques en fonction du calendrier julien, après la Pâque juive et durant la première semaine qui suit la pleine lune.  
   
 
   

Dans les calendriers des livres d'heures, les jours ne sont identifiés que par une fête liturgique ou celle d'un saint. (Psautier de sainte Elisabeth, XIIIe siècle, calendrier Julien)

 
   

Du calendrier julien au grégorien

 
   

Le temps de César

 
    Dès le IVe siècle, et avec la bénédiction de l'empereur Constantin Ier, les chrétiens s'approprient le calendrier julien. Il s'agit de faire vivre les populations non plus au rythme des Saturnales et autres fêtes païennes. mais à l'unisson de la liturgie dictée par les Écritures, principalement autour des fêtes de Pâques, liées à l'équinoxe de printemps, et de celles de Noël, proches du solstice d'hiver. À travers ses célébrations et ses jours chômés, mais également ses périodes de pénitence ou de carême, l'Église impose à la société un rythme de vie dont elle garde la maitrise.  
   

L'âge des réformes

 
    Le calendrier de César n'est pas parfait. L'année julienne s'étend sur 365,25 jours, alors que l'année tropique, l'intervalle de temps compris entre deux passages du Soleil à l'équinoxe de printemps, dure en réalité 365,242190 jours… Une différence de 11 minutes et 12 secondes par an. Ainsi lorsque, en 325, Constantin Ier convoque le concile de Nicée, l'équinoxe de printemps a lieu le 21 mars, et non le 25 comme prévu. On conclut a une erreur de calcul, et l'équinoxe est fixé au 21.  
   
 
   

En 1582, 10 jours sont retirés au calendrier. Le début de l'année est fixé au 1er janvier pour l'ensemble du monde chrétien. (Calendrier grégorien, XVIe s.)

 
    Au VIIIe siècle, les autorités religieuses s'inquiètent de la dérive de la date de Pâques. Mais on choisit de laisser le décalage s'accentuer. Au cours du XVIe siècle, les équinoxes de printemps censés se produire le 21 mars on! lieu le 11 ! Une rectification s'avère urgente, Cette reprise en main du temps est tout aussi politique car Grégoire XIII veut affirmer son autorité sur l'Église, À partir de 1575, la commission chargée de la question s'appuie sur les travaux de l'astronome italien Luigi Giglio (l51O-1576). Afin que le calendrier reste le plus fidèle possible à l'année tropique, on intervient sur les années bissextiles en supprimant trais jours du calendrier tous les 400 ans. Seules les années séculaires divisibles par 400 (1600; 2000; 2400) restent bissextiles, les autres années séculaires comptent 36S jours, Reste à combler les dix jours de retard pris par le calendrier julien, qui sont simplement rayés de la carte.  
   
 
   

Opérant une reprise en main du temps, Grégoire XIII préside, à Rome, la commission de réforme du 15 octobre 1582 : le calendrier julien eSt remplacé par le calendrier grégorien. (Panneau sur bois, Biccherna, Sienne)

 
   

Mondialisation

 
    Si tous les pays catholiques adoptèrent rapidement la réforme calendaire, les Églises protestante et orthodoxe, la considéraient comme un diktat papal. La Grande-Bretagne ne l'adopta qu'en 1752. Il fallut attendre le début du XXe siècle et la révolution bolchévique pour que Moscou l'impose dans l'ensemble de l'URSS, l'Église orthodoxe russe ne l'ayant, en revanche, jamais ratifiée.  
    La fiabilité et la simplicité du calendrier grégorien le font utiliser partout dans le monde. Son année s'allonge d'environ trois jours en 10'000 ans.  
   

Calendrier révolutionnaire

 
    Devenu laïque à la Révolution, l'Etat français se devait d'avoir un calendrier qui ne fasse plus référence à la religion. L'année« républicaine reste composée de 12 mois, dont les nouveaux noms sont en relation avec les saisons et les travaux agricoles. Ainsi le mois qui correspond à janvier devient-il nivôse par référence à la neige, tandis que le mois d'octobre, devenu le premier mois de l'année, est rebaptisé vendémiaire, en relation avec les vendanges. Des appellations sorties de l'imagination du poète Fabre d'Églantine.  
    Chaque mois comporte 30 jours - eux-mêmes partagés en dix heures -. dont le nom correspond à leur ordre d'apparition. Une année ayant 360 jours, il est ajouté jusqu'à cinq jours complémentaires (et chômés) en fin d'année, plus un les années bissextiles.  
   
 
   

Ventôse (février ou mars, selon l'année) du calendrier révolutionnaire (XVIIIe s.)

 
    Le calendrier révolutionnaire fut utilise entre 1793 et 1806, et durant la Commune de Paris, en 1871.  
   

 

 
   

Le calendrier juif

 
   

Au rythme de l'agriculture

 
    Après leur retour d'exil de Babylone. vers -538, les Juifs adoptent le calendrier mésopotamien, dont ils conservent presque à l'identique la plupart des noms de mois. C'est un calendrier luni-solaire de douze mois, réglés sur les phases de la Lune et ajustés à l'année solaire par l'ajout d'un 13· mois tous les deux ou trois ans. Celui-ci permet de combler le retard accumulé par l'année lunaire sur la course des saisons. Il s'agit, en effet, pour ce peuple d'éleveurs et d'agriculteurs. de faire coïncider les commémorations religieuses avec les temps forts de la vie agraire. «Le jour où vous agiterez lo gerbe, vous offrirez en holocauste à l'Éternel un agneau d'un an sans défaut», dit ainsi la Bible pour la célébration de la Pâque (Le Lévitique 23 12). L'année religieuse débute le 1er du mois de nissan (mars-avril) lors de la nouvelle lune de printemps, période qui correspond, selon la tradition hébraïque, à la sortie d'Egypte.  
   
 
   

Premier du calendrier lunaire Juif, nissan est le mois de la Pâque juive. Extrait de la Haggadah (XIVe s.), récit de la fuite d'Égypte lu lors de la pâque juive.

 
    La fête pascale commence le 15 de ce même mois, moment de pleine lune. Les célébrations, qui durent huit jours, concordent avec la germination des céréales. Les récoltes seront offertes à Dieu sept semaines plus tard, à la Pentecôte.  
   

Le treizième mois

 
    La décision de l'ajout d'un mois supplémentaire revenait au conseil du Sanhédrin, la Haute cour de justice du peuple juif, qui se fiait davantage à la floraison des arbres qu'aux lunaisons. Il faudra attendre l'an 359 pour que le patriarche Hillel II instaure un calendrier perpétuel où l'ajout du treizième mois est défini à l'avance. Cependant, afin de répondre à des exigences religieuses, des jours sont ôtés ou ajoutés en fonction des années. Ce qui fait de ce calendrier l'un des plus complexes qui soit. L'une des règles religieuses qu'il doit respecter impérativement est que deux jours chômés ne peuvent se suivre. Ainsi, pour éviter que le jour de l'an ne tombe un vendredi, veille du shabbat, il faut augmenter de un ou deux jours l'année en cours, et diminuer d'autant celle à venir. Le calendrier juif présente donc six types d'années différentes. Il y a d'un côté les années communes, celles de 12 mois, et les embolismiques qui en comptent 13. Le mois intercalaire obéit au cycle calculé par l'astronome athénien Méton (Ve s. av. J.-C.), selon lequel 19 années solaires correspondent à 235 mois lunaires. Dans ce laps de temps, 7 années comptent 13 mois. La semaine de 7 jours est un héritage du calendrier babylonien, mais les Hébreux sont les premiers à avoir réglé leur vie sur cette périodicité. Elle s'étend du dimanche au samedi, jour du shabbat.  
   
 
   

Le calendrier des 49 jours de l'Omer qui séparent le second soir de la Pâque juive et la Pentecôte.

 
    Le jour débute la veille à 18 h. A l'instar de l'année solaire dans le calendrier grégorien, le calendrier hébraïque comporte une année religieuse, qui commence au mois de nissan, et une année civile qui débute à l'automne, au mois de tichri. En Israël même, c'est le calendrier grégorien qui marque l'année civile.  
   

Quelle année sommes-nous ?

 
   

2012 de l'ère chrétienne

 
    C'esu au moine Denys le Petit, au VIe siècle, que l'on doit l'idée de réformer le calendrier romain pour le faire coïncider avec la naissance du Christ. Il la situe en 754 Ab urbe condita («depuis la fondation de Rome»). Or cette datation est erronée d'au moins 5 ans. Si l'Evangile de saint Matthieu indique que le Christ est né sous Hérode, l'écrivain Flavius Josèphe, inconnu de Denys le Petit, précise quant à lui qu'Hérode est mort en 750. Le Christ serait donc né au plus tard en 749, et nous sommes bien plus près de 2020 que nous le pensons.  
   

5773 de l'ère hébraïque

 
    Le 7 octobre -3761 du calendrier grégorien correspond, selon les calculs du Patriarche Hillel II, à la création du monde par Dieu et donc au début du calendrier hébraïque.  
   

1433 de l'ère musulmane

 
    le 16 juillet 622 du calendrier grégorien est le commencement de l'ère musulmane. Elle débute avec l'Hégire, qui se rapporte à l'émigration de la Mecque vers Médine, et qui marque le début de la diffusion du message religieux par le Prophète.  
   

 

 
   

Le calendrier musulman

 
   

Les lunes du Coran

 
    Avant l'avènement de l'islam, les populations arabes utilisaient un calendrier luni-solalre, probablement hérité des Babyloniens. Les années se composaient de 12 mois. Un treizième étant ajouté tous les deux ou trois ans, afin de rester en cohérence avec le calendrier solaire. Or, contrairement à la Bible, qui ne donne que peu d'informations calendaires, le Coran, lui, en définit les règles. Allah aurait ainsi transmis les principales caractéristiques de ce que doit être l'Hijri, le calendrier islamique. «C'est Lui [Allah] qui a fait du soleil une clarté et de la lune une lumière. et Il en a déterminé les phases afin que vous sachiez le nombre des années et le calcul du temps.» Faisant fi des saisons, le calendrier musulman devient donc strictement religieux, et lunaire. La durée du mois y repose entièrement sur les phases de la Lune. Une lunaison, l'intervalle qui sépare deux nouvelles lunes, durant en moyenne 29 jours, 12 heures et 44 minutes, le calendrier alterne des mois de 29 ou 30 jours - soit des années de 354 ou 355 jours. L'année commence par mouharram, l'un des quatre mois sacrés. Le 1er de ce mois correspond au 15 ou 16 juillet 622 de l'ère chrétienne. c'est-à-dire au début de l'Hégire, date a laquelle le Prophète fut chassé de La Mecque. Deux mois sacrés forment deux des cinq piliers de l'islam : le neuvième mois, qui est celui du ramadan (ramadama était le nom du neuvième mois dans le monde arabe bien avant l'islamisation), et le douzième, dhou al-hijja, associé au pèlerinage a La Mecque. L'année musulmane étant plus courte que la grégorienne, chaque année, le ramadan commence plus tôt. En 2009, il débutait un 22 août, en 2012, un 20 juillet.  
   
 
   

Le calendrier est établi selon les phases de la Lune. Chaque mois débute avec le hilal, premier croissant de la nouvelle lune. (Illustration tirée d'un manuscrit d'astronomie, Turquie, XVIIe s.)

 
   

Géographies variables

 
    Solon le Coran, chaque mois débute avec l'apparition du hilal, ce premier croissant de nouvelle lune visible. Il doit être aperçu par au moins un observateur. Or, la possibilité de voir la lune dépend de plusieurs facteurs, comme les conditions météorologiques, mais aussi les positions relatives de la lune et du Soleil : plus les deux astres sont proches, plus le premier quartier lunaire est difficile à distinguer. De plus, ce premier croissant n'est pas visible au même moment sur l'ensemble du globe,  
   
 
   

Le 1er jour du premier mois calendaire musulman correspond au 15-16 juillet 621 de l'ère chrétienne, date d l'Hégire, lorsque le Prophète fut chassé de La Mecque. (La Kaaba, miniature turque, XVIe s.)

 
    En théorie, son observation en un lieu devrait marquer le début du nouveau mois pour l'ensemble de la communauté islamique. Mais ce qui était possible au temps d'un islam localisé sur un territoire restreint ne l'est plus aujourd'hui. L'alignement sur la nouvelle lune s'effectue au niveau national voire régional, mais rarement au-delà. Le début d'un même mois peut donc intervenir à un ou deux jours d'intervalle, suivant les lieux, ce qui décale d'autant les principales fêtes du calendrier musulman.  
   

Vers un harmonisation ?

 
    Face aux difficultés d'observation du hilal, dès le IXe siècle, le mathématicien arabe Al-Battani proposa un calendrier musulman non plus fondé Sur la seule observation de celui-ci mais sur le calcul de l'azimut de la Lune et de la distance Terre-Lune. Face à l'opposition des théologiens de l'islam, qui vouaient une stricte obéissance à la parole d'Allah - le Coran évoquant l'observation et non les mesures astronomiques -, ce calendrier dit tabulaire ne fut utilisé qu'entre le Xe et le XIIe siècle par les Fatimides en Egypte, Aujourd'hui, plusieurs organisations musulmanes appellent à l'utilisation d'un calendrier lunaire basé sur le calcul afin d'unifier les éphémérides islamiques à travers le monde.  
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