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       - L'énergie des planètes  
    Hors série - Science & Vie - 1996-09-01      
    Leurs atmosphères sont en perpétuel mouvement. Leurs sols se montrent parfois agités de convulsions. Rares sont les corps qui ont traversé ces derniers milliards d'années sans avoir évolué d'une manière ou d'une autre. Or chacun sait que, pour faire tourner un moteur, il faut consommer du carburant. Où donc les planètes vont-elles chercher leur énergie ?  
    Dans le système solaire, le Soleil constitue le pourvoyeur principal. Sa masse colossale est à l'origine du champ de gravitation dont, déjà, les planètes en gestation ont pu bénéficier lors de leur formation. Elles y ont en effet puisé l'énergie nécessaire aux collisions à partir desquelles des particules, de plus en plus grosses, se sont agglomérées pour leur donner naissance. Mais surtout, dans le cour du Soleil, quantité de noyaux d'hydrogène fusionnent en permanence pour former des noyaux d'hélium. Ces réactions thermonucléaires très énergétiques assurent l'éclat de l'astre du jour depuis près de cinq milliards d'années et il reste encore assez de combustible pour nous chauffer pendant cinq autres milliards d'années.  
    La part d'énergie solaire qui revient à chaque planète n'est pourtant pas égale. Chacune en reçoit une quantité qui dépend de sa distance au Soleil. Un constat simple dont découle d'ailleurs, en grande partie, la diversité des planètes.  
    Géologiquement, Mars, la planète rouge, est morte depuis un milliard d'années. Mais elle possède une fine atmosphère, soumise, tout comme la Terre, au rythme des saisons.  
    A proximité de notre étoile, les composés volatils associés aux poussières originelles s'évaporent. Le matériau de construction planétaire s'en trouve donc appauvri qualitativement et quantitativement. Résultat : les quatre planètes qui parviennent à se former, les planètes telluriques (Mercure, Vénus, La Terre et Mars), sont de petite taille et se ressemblent assez par leur constitution.  
    Au-delà de cinq fois environ la distance de la Terre au Soleil, la gangue de givre qui entourait les poussières originelles est conservée grâce au froid. Le matériau de construction planétaire est, cette fois, plus riche en composés légers, et constitué de grains plus massifs. Les embryons qui se forment sont donc plus gros. Il leur est alors possible de s'entourer d'une importante atmosphère par simple capture gravitationnelle du gaz de la nébuleuse primitive, avant sa dispersion dans le cosmos par le vent solaire. Le mécanisme conduira à la naissance de quatre planètes géantes (Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune).  
    Depuis qu'elles existent, la Terre et les autres planètes telluriques n'ont cessé d'user de l'énergie solaire pour assurer la stabilité de leur climat, ou en contrôler l'évolution par divers mécanismes de régulation. Comme on peut s'y attendre, le partage inégal de l'énergie, selon la distance, va encore accentuer les différences entre les divers objets.  
    Le cas le plus simple est celui de Mercure, qui ne possède pas de véritable atmosphère. La planète intercepte une part du rayonnement électromagnétique, essentiellement de la lumière visible, émis par le Soleil. Sa sombre surface en réfléchit, telle quelle, une petite fraction. Le reste est absorbé, transformé, dégradé. Ce qui a pour effet d'échauffer le sol. Si cette énergie était ainsi simplement stockée, la température s'élèverait jusqu'à volatiliser la planète. Il lui faut donc se refroidir au fir et à mesure qu'elle s'échauffe. L'insolation d'un point donné varie, bien sûr, selon les saisons et encore davantage entre le jour et la nuit. On peut cependant considérer que, sur une durée correspondant à la période de révolution de la planète, cette dernière a restitué autant d'énergie qu'elle en a absorbé. Le bilan énergétique est alors nui. On peut donc définir la surface de Mercure une température moyenne traduisant cette situation d'équilibre. Comme pour un corps noir théorique, la longueur d'onde du rayonnement, par lequel s'effectue le refroidissement, culmine alors dans un domaine caractéristique de la température. L'émissivité maximale se situe, en l'occurrence, dans la partie infrarouge du spectre.  
    Ce schéma reste valable pour les autres planètes telluriques. Mais il est compliqué par la présence d'une atmosphère. Cette dernière va, en effet, tendre â convoyer l'énergie reçue depuis les régions où elle est excédentaire jusqu'aux régions plus froides, c'est-à-dire, pour l'essentiel, de la ceinture équatoriale vers les pôles. Ce transfert d'énergie est aussi un transfert de matière. Deux mécanismes y collaborent.  
    Le premier est lié à la poussée d'Archimède. Les différences de températures existant entre la basse atmosphère, chauffée par le rayonnement infrarouge du sol, et la haute atmosphère, occasionnent une circulation verticale des masses atmosphériques. L'air chaud monte puis, quand il s'est refroidi en altitude, redescend, et ainsi de suite. Mais comme la formation d'un courant ascensionnel laisse en dessous de lui une zone de basse pression, l'< appel d'air" qui s'ensuit provoque le déplacement horizontal de masses gazeuses environnantes. Ainsi se forment, de proche en proche, les vents.  
    L'autre mécanisme intervenant dans la circulation atmosphérique ainsi mise en route et entretenue, provient de la rotation des planètes. Cette dernière, par entraînement, soumet chaque particule atmosphérique en déplacement â une force d'inertie, dont la composante horizontale est appelée force de Coriolis. Perpendiculaire à la direction de déplacement, elle impose une déflexion des trajectoires vers la droite dans l'hémisphère nord, et dans le sens opposé dans l'hémisphère sud.  
    Nulle à l'équateur, maximale aux pôles, la force de Coriolis impose à la circulation atmosphérique terrestre des régimes différents selon la latitude. Alizés bien réguliers près des pôles, enroulement des perturbations aux latitudes moyennes, pour former les cyclones et anticyclones habituels des bulletins météo. Mais au final, ces mécanismes ne tendent qu'à un seul et unique résultat : homogénéiser autant que possible la température de la planète, répartir aussi équitablement que permis entre tous les points du globe l'énergie octroyée par le Soleil.  
    Les mouvements des masses océaniques (les courants) obéissent à une même logique. Le rôle, dans les transferts d'énergie, de l'eau liquide en abondance à la surface de notre planète ne se limite cependant pas à cela. L'eau s'évapore des océans, se condense en altitude pour former des nuages qui seront transportés par les vents, plus loin, où ils retomberont en pluie (ou en neige éventuellement). Le premier changement de phase correspond à une absorption d'énergie en un point, et le second, à sa libération en un autre. Plus de 20% de l'énergie disponible dans la basse atmosphère est impliquée dans le cycle de l'eau. Cette part voyage ainsi clandestinement sur de longues distances. C'est dire l'importance du couplage de l'atmosphère et des océans.La Terre représente quand même un cas de complexité extrême.  
    La rotation de Vénus s'effectuant en 243 jours, les effets de la force de Coriolis sont négligeables. Le trait dominant est, surtout, à partir de 10 km d'altitude, la rotation rapide de l'atmosphère. A 70 km du sol, quatre jours suffisent pour qu'elle fasse un tour complet de la planète ! Cette super-rotation semble pouvoir être expliquée partiellement par des effets de marées. On suppose que la différence d'éclairement entre l'hémisphère éclairé et celui plongé dans la nuit, crée d'importantes différences de pression, et donc une dissymétrie dans la répartition de la masse atmosphérique de la planète. Cette particularité fournirait alors une prise suffisante à l'attraction gravitationnelle du Soleil, qui exercerait ainsi un couple de forces susceptible d'entraîner l'atmosphère dans sa course folle …  
    Malgré l'absence d'océans et une atmosphère très ténue, la situation sur Mars est beaucoup plus proche de celle de la Terre. La planète rouge possède, par exemple, son équivalent des alizés intertropicaux et des dépressions tourbillonnaires aux latitudes plus élevées. Ici, le fait remarquable résiderait plutôt dans les pulsations saisonnières de l'atmosphère.  
    Lors de l'hiver, dans chaque hémisphère, une proportion notable du dioxyde de carbone atmosphérique se condense sous forme de glace sur les calottes polaires, pour ne se sublimer qu'à l'été. La masse atmosphérique de Mars peut ainsi varier de 30% selon la période de l'année. En relation avec ces changements, et en particulier à la fin de l'automne de l'hémisphère nord, l'évolution des champs de pression déclenche des tempêtes capables de se développer à l'échelle planétaire. Les nuages de poussière soulevés obscurcissent alors le ciel au point que, pendant toute la durée du phénomène, on assistera à un refroidissement généralisé du sol. Ce cas de variabilité climatique extrême met en relief le rôle des nuages dans l'économie de l'énergie en provenance du Soleil.  
    Sur Vénus, les nuages d'altitude réfléchissent 70% de la lumière solaire. La basse atmosphère en intercepte encore 15%. Bien peu d'énergie parvient donc, en définitive, à la surface de la planète. Sur la Terre, la fraction d'énergie réfléchie dans l'espace par l'atmosphère et ses nuages, représente le quart de l'énergie reçue. En s'interposant ainsi entre l'astre du jour et le sol des planètes, les nuages mettent donc à mal cette règle, pourtant bien connue des cancres, selon laquelle il ferait plus chaud près du radiateur … Les vêtements que l'on porte ont aussi leur importance !  
    Reste que la quantité d'énergie transmise au sol ne suffit pas à tout expliquer. Vénus, au ciel de plomb, et dont la surface est plongée dans un éternel crépuscule, devrait être un monde froid. C'est en réalité une fournaise dont la température est supérieure à 460°C. Sur Mars, la température au sol dépasse de 6°C ce qu'elle serait sans atmosphère. A la surface de la Terre, la température mesurée en moyenne est de 15°C, soit de 33°C supérieure à sa température d'équilibre. Cela vient du fait que le flux d'énergie dans la basse atmosphère terrestre est 1,5 fois supérieur au flux en provenance du Soleil. Il n'y a pourtant là nulle entorse au principe de conservation de l'énergie. La haute atmosphère présente simplement, pour compenser, un déficit énergétique. La température baisse à mesure que l'on s'éloigne du sol (jusqu'à une certaine altitude, du moins). Cela facilite l'existence, sur notre planète, des sports d'hiver, et surtout, assure à la Terre un bilan thermique nul.  
    Ces bizarreries s'expliquent. Il suffit de se souvenir que le sol se refroidit en émettant du rayonnement infrarouge. L'atmosphère est ainsi chauffée essentiellement "par le bas". Or, il se trouve que la transparence des divers constituants atmosphériques est différente selon les longueurs d'ondes des rayonnements.  
    De façon générale, la lumière visible passe sans problème et elle est donc la principale responsable du chauffage du sol. Mais certains gaz, en particulier la vapeur d'eau (H2O), le dioxyde de carbone (CO2), et sur Terre, des produits de l'industrie humaine comme les chlorofluorocarbures (les fameux CFC), sont relativement opaques à de larges gammes de rayonnements infrarouges. Une part notable de l'énergie réémise par le sol reste donc prisonnière de la basse atmosphère qui, ainsi, s'échauffe au-dessus de la température d'équilibre. On parle alors d'effet de serre analogue à ce qui s'observe dans les serres horticoles.  
    Un effet de serre existe sur toutes les planètes possédant une atmosphère. Les mécanismes à l'oeuvre sont toujours les mêmes. Ils s'expriment cependant dans des proportions très dissemblables sur Vénus, la Terre et Mars, par suite des différences considérables qui existent également entre les atmosphères de ces planètes, tant en masse qu'en composition chimique. Or, d'une façon assez surprenante, un seul et unique mécanisme, encore une fois -et dont l'effet de serre fournit justement l'une des clés - permet aussi de comprendre pourquoi les atmosphères des planètes telluriques ont évolué diversement. Il devient même possible de s'expliquer comment la Terre, et elle seule, a pu assurer la stabilité relative de son climat presque depuis le début de son existence !  
    Selon toute vraisemblance, Vénus, la Terre et Mars, formées dans une région relativement étroite du système solaire et donc à partir d'un même matériau de base, devaient posséder, à l'origine, des atmosphères de composition chimique similaire. Beaucoup de dioxyde de carbone et de vapeur d'eau, de l'azote. Des composés principalement émis par les volcans, pense-t-on, et provenant du dégazage, à la haute température des magmas, des roches formant la partie supérieure des manteaux planétaires. Une proportion non négligeable de ces gaz a aussi pu être apportée par des collisions avec des noyaux cométaires vers la fin du premier milliard d'années d'existence du système solaire.  
    Mais dès cette époque, s'amorce sur notre planète une chaîne de transformations qui commence par la condensation de la majeure partie de la vapeur d'eau atmosphérique pour former les océans. Les pluies incessantes lavent ainsi l'air de son CO,. Celui-ci, par réaction avec l'eau, produit alors de l'acide carbonique (H2CO3). Au sol, cet acide attaque les roches composées de silicates. Le ruissellement emporte ensuite les nouveaux composés jusqu'aux océans. Par réaction, dans les premiers temps, avec les ions calcium et bicarbonate (Ca++ et HCO3-), présents dans l'eau de mer, il se forme, à partir de ces produits, du calcaire et du carbonate de calcium (CaCO3).  
    Les plaques tectoniques entraîneront, dans leur déplacement, les dépôts marins et les engloutiront, en même temps que de l'eau, dans les zones de subduction délimitant les marges continentales. Températures et pressions élevées facilitent alors des réactions avec la silice du manteau et décomposent ainsi le carbonate de calcium pour reconstituer les roches silicatées et le dioxyde de carbone. Le CO2 regagne alors l'atmosphère, en même temps que de grandes quantités de vapeur d'eau, par les éruptions volcaniques et les évents des dorsales médio-océaniques.  
    Depuis l'apparition des micro-organismes à coquille, il y a 600 millions d'années, la production de calcaire et de carbonate se fait principalement par leur entremise. De quoi modifier quelque peu les règles du jeu instaurées dans le recyclage du CO,. La donne a aussi été modifiée par l'apparition, il y a deux milliards d'années, des premières algues bleues, des organismes capables d'utiliser l'énergie solaire pour casser les molécules de CO2 et en récupérer le carbone. Ce mécanisme, dit de photosynthèse, est responsable, incidemment, du rejet dans l'atmosphère de cet oxygène, pratiquement absent au départ, et qui, aujourd'hui, constitue 20% de l'air que nous respirons.  
    Tout comme l'azote, l'oxygène joue un rôle assez effacé dans cette affaire. Il n'intervient qu'indirectement et modestement, par le biais de l'ozone (O3) qu'il peut former en haute altitude, au bilan énergétique de la Terre. En revanche, l'absorption de carbone par les organismes vivants prive, dans la même proportion, l'atmosphère de CO,. Ce qui a pour conséquence de diminuer l'effet de serre. L'explosion de la vie au Carbonifère a donc sûrement conduit à un abaissement de la température moyenne de la planète. Les énergies fossiles d'aujourd'hui (pétrole, gaz naturel, charbon) correspondent ainsi â l'énergie solaire qui fut stockée par les organismes vivants au cours de cet âge d'or de la vie. Quand nous les brûlons, nous ne faisons donc que restituer à l'atmosphère son dioxyde de carbone et son effet de serre originel. Presque de quoi considérer les excès de notre société industrielle et motorisée comme un véritable "retour la nature" !  
    Reste que, si le développement de la vie a bel et bien modifié les réglages et les équilibres de la machine planétaire, il n'en a cependant pas altéré la logique. Au moins jusqu'à présent ! L'énergie nécessaire â la perpétuation du cycle, en particulier, est toujours puisée aux deux mêmes sources le Soleil, qui échauffe les océans et assure leur évaporation; l'intérieur de la Terre, dont les mécanismes de refroidissement engendrent volcanisme et déplacement des plaques tectoniques. Et le bon usage de toute cette énergie reste, quant à lui, en grande partie contrôlé aussi par l'effet de serre.  
    Supposons, en effet, que le rayonnement solaire faiblisse. Il y aura moins de vapeur d'eau dans l'atmosphère et, partant, peut-être une légère diminution de l'effet de serre qu'elle occasionne. Mais, en même temps, moins de nuages aussi et donc davantage d'énergie parvenant au sol. D'où un meilleur rendement dans l'utilisation de l'énergie solaire. Qui plus est, â cause de la diminution des pluies, le dioxyde de carbone, injecté en permanence par les volcans, ne sera plus recyclé. Il s'accumulera dans l'atmosphère. C'est lui, finalement, qui répondra avec le plus d'efficacité au fléchissement du flux solaire, avec un réchauffement de l'atmosphère par effet de serre. Imaginons, à l'inverse, que le rayonnement solaire s'intensifie : la couverture nuageuse se développera et les pluies augmenteront. Le sol sera alors moins chauffé et l'atmosphère mieux lavée de son CO2. L'effet de serre diminuera donc. La température tombera pour compenser la dérive.  
    Un tel mécanisme fonctionne visiblement depuis la prime jeunesse de notre planète. A l'époque, le Soleil, conformément à ce que nous apprennent les modèles d'évolution stellaire, devait être environ 30% moins lumineux qu'aujourd'hui. Mais l'atmosphère terrestre était aussi considérablement plus riche en dioxyde de carbone et en autres gaz à effet de serre. La diminution progressive de ceux-ci, grâce aux pluies, a accompagné l'augmentation d'éclat du Soleil. Notre planète a ainsi pu se garantir un climat assez stable pour que l'eau ait pu y exister à l'état liquide depuis 3,8 milliards d'années, sans interruption. Si l'activité humaine ne provoque pas d'ici là un dérapage, ce thermostat climatique devrait encore pouvoir fonctionner un bon milliard d'années. Ensuite, le Soleil sera devenu beaucoup trop chaud pour qu'aucun mécanisme naturel puisse nous garder de ses rayons.  
    Le dérapage qui nous guette s'est déjà produit sur Vénus à cause de la plus grande proximité de cette planète au Soleil. L'eau - qu'elle ait été concentrée dans de profonds océans, ou simplement présente sous forme de vapeur dans l'atmosphère - devait être aussi abondante originellement sur Vénus que sur la Terre. Mais la condensation de la vapeur en nuages devait, ici, se produire à une centaine de kilomètres du sol, contre une douzaine au maximum sur la Terre. Or, à une telle altitude, le rayonnement ultraviolet du Soleil dissocie les molécules d'eau. Une grande partie de leur hydrogène libéré, du fait de sa légèreté, s'évade alors dans l'espace. Sur Vénus, l'eau a donc disparu presque complètement car son principal constituant est parti pour d'autres mondes. Or, sans eau, pas de pluies, sans pluies, pas de recyclage du dioxyde de carbone, et sans un tel recyclage, aucun garde-fou envisageable contre l'emballement de l'effet de serre. Impossible, dès lors, pour l'atmosphère de Vénus de devenir autre chose que cet enfer de gaz carbonique brûlant, révélé par les sondes spatiales qui s'y sont aventurées …  
    Sur Mars, située à une distance du Soleil théoriquement compatible avec le fonctionnement du thermostat climatique, le mécanisme s'est apparemment détraqué pour une autre raison. Pendant le premier milliard d'années d'existence, l'activité volcanique a probablement préservé une atmosphère suffisamment dense pour assurer un effet de serre capable de maintenir, à la surface de la planète rouge, de l'eau à l'état liquide. Mais la masse de Mars est bien inférieure à celle de la Terre ou de Vénus. Elle n'avait, de ce fait, que peu de chaleur interne à évacuer, outre qu'elle pouvait le faire plus efficacement. Conséquence : un volcanisme devenu rapidement déficient (sauf, peut-être, localement, comme dans la région de Tharsis). Le gaz carbonique a donc cessé d'être injecté dans une atmosphère de plus en plus ténue. L'effet de serre a flanché. Le climat s'est refroidi. L'eau ne s'est plus évaporée. Elle s'est probablement infiltrée dans le sous-sol où elle a gelé. Mars est devenue, en toute logique, un désert glacé.  
    On le voit, les machines planétaires en quête perpétuelle d'équilibre, ne peuvent fonctionner convenablement si leur énergie interne ne vient pas seconder l'énergie solaire : aide-toi et le ciel t'aidera ! Première source de cette énergie, la chaleur emprisonnée dans les tréfonds des planètes à l'époque de leur formation. En 4,6 milliards d'années, cette chaleur a eu tout le temps de s'évacuer largement. Dans l'intervalle, ce refroidissement a quand même permis la structuration des planètes.  
    Initialement homogènes et assez chaudes pour être liquides, elles ont vu leur surface se refroidir la première. Une croûte rigide s'est donc formée, gardant parfois intactes, jusqu'à nos jours, les cicatrices des impacts des dernières collisions. Mais au-dessous d'elle, les matériaux les plus denses ont encore eu le temps de couler vers leur centre sous l'effet de leur propre poids. Ils ont ainsi formé, sur Terre et probablement aussi sur Vénus, un noyau de fer et de nickel, mélangé à un peu de soufre et d'oxygène. Les composés silicatés qui ont surnagé ont alors constitué un manteau, aujourd'hui solide, mais qui conserve une certaine plasticité. Cette différenciation interne a été visiblement très accusée dans le cas de Mercure, dont le noyau de fer est très important. Mars, au contraire, semble avoir moins bien séparé ses constituants. Dans son noyau, par exemple, le fer serait resté mêlé à du soufre, en abondance, et à d'autres éléments plus légers.  
    Les plus massifs des astéroïdes et des satellites ont dû être assez chauds pour connaître, peu après leur formation, les mêmes mécanismes de différenciation. Deux des principales lunes de Jupiter, Ganymède et Europe, posséderaient ainsi un noyau rocheux entouré d'un manteau qui pourrait se révéler n'être, en fait, qu'un océan d'eau liquide sous une croûte de glace. Reste que sur ces satellites, et sur d'autres de plus petites dimensions (comme le mystérieux Encelade, l'une des lunes de Saturne) la jeunesse de la surface trahit l'existence de sources d'énergie ayant pris le relais de la chaleur initiale.  
    La longue histoire volcanique de Vénus, de la Terre et de Mars, ou celle de Io, ne peut pas non plus s'expliquer sans le recours à d'autres mécanismes de chauffage. Les explications font encore souvent défaut, mais au moins pour Jo et les planètes telluriques, l'affaire semble-t-elle entendue. L'intense réchauffement du satellite galiléen résulte visiblement des déformations que l'influence gravitationnelle d'Europe et Ganymède lui font subir. Quant aux volcanismes passés de Vénus et Mars, et à celui toujours actif de la Terre, ils se comprennent si l'on fait appel à la désintégration radioactive de l'uranium, du thorium et du potassium présents dans leurs roches.  
    Autant qu'on puisse le savoir. sur Vénus comme sur Mars, a existé seulement un volcanisme de points chauds, causé par des remontées de magma le long de puits verticaux perçant la croûte en un point donné. Ainsi peut se comprendre, par exemple, la formation, sur Mars, d'un monstre comme le mont Olympus, haut de 27 km. Pendant des millions d'années, de la matière a été accumulée au même endroit. La Terre connaît aussi ce type de volcanisme. Il s'exprime toutefois plus modestement à cause d'une particularité unique de sa lithosphère, c'est-à-dire de sa croûte et de la partie supérieure de son manteau. Cette lithosphère est découpée en une douzaine de plaques principales, et une multitude de sous-structures plus petites. Certaines, fines, se rencontrent sous les océans. D'autres, épaisses, constituent les continents. Une fraction de l'énergie interne de la Terre est transportée vers la surface par conduction, et c'est principalement ainsi que se refroidit la lithosphère. Mais, dans les régions plus profondes du manteau, l'essentiel de l'énergie est évacué par de lents mouvements convectifs de la matière. Une conséquence de ce mécanisme est le déplacement de quelques centimètres par an des plaques, qui glissent alors les unes sur les autres.  
    Sur notre planète, la translation de telle ou telle plaque au-dessus d'un panache chaud, peut-être formée à proximité du noyau et en tout cas bien localisée et stable pendant de longues périodes, limite la croissance d'un volcan particulier. Le volcanisme de points chauds s'exprime plutôt par la formation de chaînes volcaniques, comme celles de l'Est africain, ou de chapelets d'îles volcaniques du Pacifique. Mais le mouvement même des plaques est surtout à l'origine de formes totalement inédites de volcanisme. On trouve ainsi des lignes de séparation des plaques lithosphériques d'une part, le long des dorsales où se constitue et se renouvelle la croûte océanique à partir du matériau venu des profondeurs du manteau, et d'autre part, le long des zones de subduction, où cette même croûte plonge, en les soulevant, sous les masses continentales.  
    Les déplacements des plaques lithosphériques sont aussi à l'origine de ce que l'on a appelé la dérive des continents. Ces derniers, flottant sur le manteau, redessinent sans cesse leurs contours et, dans leurs régions comprimées et déformées, voient alors naître des montagnes. Cette évolution se fait d'ailleurs par à-coups. A cause de l'élasticité, toute relative, du matériau terrestre, les plaques lithosphériques emmagasinent temporairement, en se comprimant, l'énergie que leur communiquent, de façon continue, les mouvements convectifs. Mais à un moment ou à un autre, il leur faut résoudre les tensions accumulées en restituant cette énergie. Elles doivent réajuster leurs positions respectives. A un moment ou à un autre, donc, quelque chose doit casser. On observera alors, en provenance des lignes de contrainte, un déferlement brutal d'énergie, autrement dit : une secousse sismique, un frisson courant sur l'épiderme d'une planète qui se refroidit …  
               
         
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