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       - L'harmonie amérindienne du monde  
    Jean-Philippe Noël - Les cahiers de Science & Vie, no. 129 - 2012-05-01      
    Parmi les tribus indiennes, Anasazi, Navajos et Skidi Pawnee ont acquis une connaissance plus poussée de l'astronomie et développé une conception du cosmos où tous les éléments sont en relation.  
    Originaires des terres sibériennes, chasseurs nomades devenus pour certains agriculteurs, les Amérindiens sont arrivés par vagues successives sur le continent américain il y a plus de 360'000 ans. Peuples aux rares écrits, leurs traditions et leurs coutumes racontent cependant que le ciel fut un guide primordial. Les Indiens d'Amérique du Nord ont en commun d'admettre l'unité du cosmos, de croire en l'existence d'un lien étroit entre toutes ses composantes, depuis les plus petites créatures vivantes jusqu'aux étoiles. Dans cette harmonie au sein de laquelle l'humain s'inscrit, même le bâti doit s'élever en fonction des mouvements célestes. Les villages sont orientés selon des points cardinaux, les portes toujours situées vers l'est afin que les rayons du Soleil naissant pénètrent dans la demeure. Autre point commun, les Amérindiens croient à un écoulement du temps non pas linéaire mais circulaire, que ne dément pas l'observation astronomique. Ainsi, la Lune s'inscrit parfaitement dans ce calendrier cyclique. Ses différentes phases sont mises en lien avec des phénomènes terrestres et sont nommées en fonction d'événements naturels, tels que les "oies couvant"ou le "retour des caribous".  
   

Ces pictogrammes découverts au Nouveau Mexique pourraient figurer la supernova apparue en 1054 (Chaco Canyon, culture Anasazi).

 
   

Cercles de pierres et calendrier

 
    Les cercles de pierre d'origine indienne appelés "Medicine Wheels"réitéreraient-ils cette croyance en faisant office de calendriers lunaires ? Ces constructions de pierres brutes tracent sur le sol un ou plusieurs cercles concentriques au centre desquels est placé un cairn d'où partent des rayons. Soixante-dix Medicine Wheels ont été mises au jour dans les Plaines du Nord. S'il est difficile de les dater avec précision, les plus anciennes pourraient avoir été aménagées il y a 5'000 ans et sans cesse remaniées depuis. D'un diamètre de 27 mètres, la Big Horn Medicine Wheel, à Sheridan, dans le Wyoming, est la plus célèbre. Elle compte 28 rayons qui peuvent être mis en relation avec les 28 jours du cycle lunaire. Ce "calendrier"aurait aussi pu permettre de dater avec précision le jour du solstice d'été. Le Soleil n'étant pas un repère fiable, les Indiens pouvaient se servir de la position de certaines étoiles, comme Aldébaran. Aucune certitude cependant, et la longue existence de ces structures laisse supposer que leur fonction a évolué au cours du temps. Si les Medicine Wheels conservent encore une part de leur mystère, quelques constructions amérindiennes témoignent plus nettement de l'intérêt de certaines tribus pour l'astronomie.  
    Tel est le cas notamment de quelques-uns des nombreux vestiges architecturaux laissés par les Anasazis. Cette civilisation indienne du sud-ouest des États-Unis a connu son apogée autour de l'an 1000. Grandement tributaire des récoltes, elle s'efforçait de connaître la venue exacte des saisons. Ainsi, l'orientation de Hovenweep Castle, bâti à la frontière du Colorado et de l'Utah, ne doit rien au hasard. Ce palais, qui faisait peut-être office de calendrier solaire, est orienté de façon que la lumière solaire pénètre ses ouvertures lors des solstices et des équinoxes. Autre témoignage archéologique appartenant à la culture Anasazi, le Chaco Canyon, au Nouveau-Mexique. Là furent gravés dans la roche de la butte Fajada deux pétroglyphes en forme de spirale de 50 cm de diamètre; ils sont partiellement dissimulés derrière des pierres plates de sorte que les rayons solaires pointent sur eux une dague lumineuse à certaines périodes de l'année. L'intention de ce peuple est toutefois plus équivoque en ce qui concerne les motifs peints retrouvés sur le même site, que l'on assimile souvent à une main, à un croissant de Lune et à une étoile. Certains archéologues ont émis l'hypothèse qu'il s'agissait de la représentation de la supernova apparue en 1054. L'explication reste toutefois invérifiable car les Anasazis ont mvstérieusement disparu au cours du XlVe siècle, laissant seulement entr'apercevoir leurs connaissances célestes. Mais le ciel a continué d'inspirer les Indiens. Les Skidi Pawnee, du centre de l'Amérique du Nord, ont élaboré une religion complexe dans laquelle l'Univers tient une large place. Le firmament y est la source de la vie et les étoiles sont considérées comme des divinités capables d'intervenir dans le monde des humains.  
   

Le ciel, source de vie, est un guide primordial

 
   

Les Medicine Wheels, cercles de pierres disposées sur le sol, ont pu faire office de calendrier lunaire. Leur nom (roues-médecine) refléterait leur analogie avec le plan des maisons des hommes-médecine.

 
    Dans leur cosmogonie, un astre rouge, probablement Mars, s'est accouplé à Vénus pour donner naissance aux premiers humains. Parce que toutes les étoiles tournent autour d'elle, la Polaire est considérée comme un chef protégeant les autres astres et les humains. Peut-être plus que n'importe quelle autre tribu, les Skidi Pawnee ont bâti leurs habitations en fonction des astres et des points cardinaux tandis que quelques-uns de leurs sanctuaires marquaient l'emplacement du lever de l'étoile du matin, vraisemblablement Vénus. Les Skidi Pawnee observaient donc le ciel avec attention, car il nourrissait certes leur mythologie et leur religion, mais il intervenait aussi dans leurs choix politiques. Découverte dans une sépulture du Kansas datant d'environ trois siècles, une carte céleste dessinée sur une peau d'élan témoigne de leur connaissance du ciel de l'hémisphère Nord.  
   

Les Pléiades annoncent les récoltes

 
    Dans les régions désertiques et montagneuses du nord-est de l'Arizona et du nord-ouest du Nouveau Mexique, les Navajos ont eux aussi poussé loin l'observation astronomique. Dans leur cosmogonie, la Terre est la mère et le Ciel tient le rôle du père. Il a sa tête à l'est, le Soleil et la Lune occupent son centre, alors que la Voie lactée s'étire entre ses bras. Mais la grande"invention"des Indiens Navajos est d'avoir distingué dans le ciel huit constellations.  
   

Dans la cosmogonie des Navajos, le Ciel, la tête orientée à l'est, représente le père. Entre ses bras s'étire la Voie lactée.

 
    Spirituelles par essence, elles ont la capacité de communiquer entre elles, mais également avec les humains et tous les êtres vivants. La plus emblématique est celle formée par l'homme et la femme qui tournent autour du feu sacré. Ils représentent pour les Navajos une seule constellation et se superposent grosso modo à notre Grande Ourse, pour la femme, et à Cassiopée, pour l'homme. Ces deux personnages pivoteraient autour du feu sacré que représente l'Étoile polaire et incarneraient le foyer, servant de marqueurs aux différents temps de la vie agraire. Les Pléiades, qu'ils nomment les Jardiniers, seraient pour eux six enfants accompagnés de leur mère. Et leur apparition dans le ciel de septembre signifierait le retour du temps des récoltes. La constellation de l'homme avec de grandes jambes correspond à celle du Corbeau. Elle figure tous les attributs du chef protecteur s'assurant chaque soir que les étoiles sont en place. Les Navajos racontent que le créateur des étoiles, le dieu Noir, avait à l'origine décidé de dessiner non pas huit mais des dizaines de constellations. L'ampleur de la tâche l'obligea à faire une pause. Coyote, le grand perturbateur, en profita pour dérober les éclats de cristal, choisissant de les disperser au hasard. C'est la raison pour laquelle il reste, dans le ciel navajo, tant d'étoiles dépourvues de noms qui ne forment aucune constellation. Seule une infime partie des connaissances astronomiques des Amérindiens nous est parvenue. La plupart de ces savoirs oraux sont aujourd'hui perdus, condamnant l'horizon céleste des Peaux-Rouges à l'obscurité.  
       
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