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       - Mayas - L'Univers dans la roue du temps  
    Emilie Rauscher - Les cahiers de Science & Vie, no. 129 - 2012-05-01      
    Mayas
Les Mayas ont observé sur de longues périodes les phénomènes célestes.
Leurs données se retrouvent dans des calendriers et des tables de calcul très sophistiquées.
 
    De toutes les astronomies anciennes, celle des Mayas intrigue le plus le public; c'est aussi l'une des mieux étudiées par les spécialistes. Elle s'appuie, en effet, sur de nombreuses observations à l'oeil nu et ses calculs se révèlent incroyablement complexes : planètes, phénomènes célestes divers, peu de choses ont échappé à ces infatigables scrutateurs du ciel. Les Mayas ont pris soin de compiler, de multiples façons, leurs notations, que les archéologues travaillent encore à faire parler tant le sujet est riche. Les antiques cités-États guerrières mayas, dirigées par des rois foncièrement pragmatiques, avaient fait de ces connaissances une arme pour maîtriser leur univers hostile…  
   

Certaines constructions mayas montrent des orientations préférentielles vers un tel astre. Le Soleil est ainsi visé par un "observatoire" phare du Yucatán, la pyramide de Kukulcán dite Le Castillo, à Chichén Itzá.

 
    En plus de 2000 ans d'histoire, l'astronomie maya évolue et connaît son apogée à l'époque dite Classique (vers 300 à 900 après J.-C.). Lorsque les Espagnols sont arrivés, au XVIe siècle, ils ont pu noter l'importance qu'elle avait conservée. Diego de Landa, alors évêque de la péninsule mexicaine du Yucatan, a écrit dans sa Relation des choses du Yucatan : "Pour connaître l'heure durant la nuit, les indigènes se réglaient sur la planète Vénus et les constellations des Pléiades et des Gémeaux. Dans la journée, ils se fondaient sur le midi et, depuis le levant jusqu'au couchant, ils avaient imposé des noms aux différentes parties du jour avec lesquelles ils réglaient leur travaux."  
   

Prévenir les catastrophes

 
    L'astronomie maya a laissé son empreinte partout : dans la planification du travail des champs, dans l'organisation des villes, l'élaboration d'un calendrier cyclique étonnant de précision, la gestion de la vie politique, etc. Les rois eux-mêmes semblaient garder un oeil sur les mouvements des planètes, que ce soit pour leur intronisation ou pour lancer une guerre… On sait aujourd'hui que pour les anciens Mayas les événements terrestres et célestes étaient liés et que le temps était cyclique: par ses rites, le peuple participait à la bonne marche du cosmos; en donnant leur sang (ils se perçaient, par exemple, la langue d'épines) les rois régénéraient les divinités. Par ailleurs, une catastrophe passée pouvant se reproduire, tenir un calendrier précis permettait de l'anticiper et de la maîtriser… Les édifices et leurs inscriptions matérialisent cette connexion établie entre le temps, les astres et l'histoire.  
   

Eclipse de Soleil

 
    Chichén Itzá, dans le nord de la péninsule mexicaine du Yucatan, en offre une illustration lorsque s'illumine, aux équinoxes, la rampe de j'escalier nord de la grande pyramide - le Castillo : l'orientation parfaite du monument permet aux rayons du Soleil d'y projeter la descente sur Terre de Kukulcán, le Serpent à plumes. Ce jeu de lumière a poussé les archéologues à se pencher sur d'autres édifices qui les intriguaient : par leur forme atypique, leur position, etc. "li y a de forts arguments appuyant l'idée que leurs connaissances astronomiques ont servi aux Mayas pour organiser leurs centres culturels et orienter une partie de leurs constructions ", notait Horst Hartung, spécialiste germano-mexicain de l'architecture mésoaméricaine et pionnier de l'archéoastronomie. Le palais du Gouverneur du site d'Uxmal en est un exemple emblématique : il est décalé d'une vingtaine de degrés par rapport à ses voisins et sa porte principale pointe vers la direction du lever le plus au sud de Vénus, une position qui ne se retrouve que tous les huit ans. Pour renforcer ce lien, le bâtiment est couvert du glyphe notant le nom de la planète.  
   

Lune

 
    D'autres monuments devaient avoir un usage plus courant. En effet, les archéologues ont retrouvé des sortes d'observatoires: il s'agit d'édifices dont l'architecture et l'orientation permettaient de suivre le passage des heures, des saisons ou certains phénomènes célestes importants pour l'agriculture notamment. Les plus anciens connus sont les "structures E "où un temple pyramidal fait face à trois repères (stèle, petits édifices… ). Depuis le temple on voyait le Soleil se lever aux solstices et aux équinoxes, à des endroits précis derrière ces repères. Le site de Uaxactun, dans le nord du Guatemala, possède la plus ancienne de ces structures E, mais on les retrouve aussi à TIkal, Calakmul, Kabah… Plus sophistiqués mais moins répandus, les observatoires ronds du type de celui de Chichén Itzá, surnommé Caracol (escargot), ont pu offrir, grâce à leurs fenêtres, des repères pour pointer certaines directions : le sud et l'ouest, des couchers de Vénus, de la Lune et du Soleil aux équinoxes et au solstice d'été. Malheureusement, ce fascinant édifice étant en partie éboulé, son analyse exhaustive est impossible à mener.  
   

Vénus

 
   

 
    Combien d'édifices ont pu jouer ce rôle d'observatoire ? Nul ne le sait. Cela tient aux difficultés à interpréter clairement les fonctions de ces constructions et à la place que les archéologues attribuent il cette curieuse "science". Ainsi, pour un même site, note l'Américain Anthony Aveni, figure de proue de la discipline, "les explications sur les alignements observés vont de la croyance aveugle en une astronomie qui existait en tant que science précise à une astronomie à usage politique et pratique, par exemple pour l'établissement de calendriers pour l'agriculture". Sans compter la multiplication des orientations relevées pour chaque arête, chaque fenêtre, qui finissent par ne plus pointer vers quoi que ce soit de précis ni de crédible… Car pour qu'une orientation ait un sens, il faut que l'astre visé ait un intérêt pout le peuple considéré, ce qui implique de comprendre sa culture. Le grand mayaniste Eric Thompson le disait en ces termes: "l'astronomie maya est trop importante pour être laissée aux seuls astronomes"! Percer le secret des glyphes énigmatiques couvrant ces édifices fut donc un énorme pas en avant. En effet, avec le déchiffrement qui s'accélère dans les années 1960, les archéologues accèdent à d'autres niveaux d'information sur l'étendue des connaissances des Mayas et ce qu'ils en faisaient. Les milliers de dates répertoriées sur les stèles et bas-reliefs permettent d'appréhender la finesse et le fonctionnement de leurs calendriers…  
   

Vénus

 
   

Trois roues calendaires

 
    Les anciens Mayas avaient établi trois calendriers différents et complémentaires: le premier, le Tzolkin, long de 260 jours et associant 13 nombres et 20 noms de jours (1 lmix, 2 Ik, etc.), avait un usage rituel; le second, le Haab, était en relation avec l'observation du ciel, courant sur 360 (18"mois"de 20 jours: 0 Pop, 1 Pop, etc.) + 5 jours, il aurait connu des corrections pour rester calé sur l'année solaire réelle (longue de 365,2422 jours). Toute date était notée avec ces deux systèmes, si bien qu'elle ne revenait que tous les 52 ans, sorte de siècle maya : le temps d'effectuer une rotation complète de la "roue calendaire", où s'imbriquent les roues symbolisant le Tzolkin et le Haab. Un troisième système, le Compte long, complétait le tout en précisant pour chaque date le nombre de jours écoulés depuis une date 0 (en août 3114 av. J.-C.). Des informations sur les phases de la Lune y étaient ajoutées. Peu de systèmes calendaires sont aussi complexes et précis !  
   

Les roues du calendrier

Les Mayas associent un cycle à vocation rituelle, le Tzolkin, et l'année civile, le Haab. Le temps étant cyclique, on retrouve le jour défini par cet engrenage (ici, 13 Ahau-18 Cumku) au bout de 52 ans.

 
   

Kukulcón chez les Mayas tardifs, Quetzalcoatl chez les Aztèques : le Serpent à plumes est un personnage mythique, associé à Vénus et inventeur du calendrier.

 
    Les Mayas ne se contentaient pas de suivre le passage du temps pour mieux organiser leur quotidien. Quand cela les arrangeait, ils le reliaient aux hauts faits de leurs rois… Or, les archéologues savent désormais lire les textes associés à ces dates : dans plusieurs villes, ils ont ainsi pu mettre en relation événements historiques et astronomiques. Au cœur du Mexique, à Palenque, au VIIe siècle, le roi Kan Balam Il a calqué sa vie rituelle sur les mouvements de Jupiter (accession au trône, etc.) Et il a pris soin de faire consigner dans son temple, dit de la Croix feuillue, ses conjonctions avec Saturne et Mars. À la frontière entre le Mexique et le Guatemala, à Yaxchilan et à Bonampak, comme dans de nombreuses autres cités, des inscriptions du même type ont été retrouvées, permettant de déterminer quelles planètes et quels événements étaient importants : Vénus avait une place prépondérante liée à la guerre, mais étaient également étudiés les éclipses de Soleil et de Lune, la Voie lactée, les Pléiades, les constellations, peut-être un zodiaque, etc.  
   

Les traités astronomiques

 
    Les codex, dont quatre seulement nous sont parvenus, permettent d'évaluer les connaissances mayas. Rédigés après la Conquête espagnole, ils compilent des notations centenaires dans l'ancienne écriture glyphique. Le plus complet, conservé à Dresde, comporte encore 78 pages. Divisé en "chapitres", il donne des tables de calcul pour suivre les phases de la Lune et les éclipses, celles de Vénus (les plus développées), de Mars, et possède un almanach et une partie rituelle. Il en ressort que les Mayas savaient calculer le cycle des éclipses. Ils avaient établi la révolution synodique de Vénus à 584 jours (temps qui lui est nécessaire pour revenir à la même place dans le ciel par rapport au Soleil; 583,92 comme valeur réelle) et identifié les phases de l'astre (Étoile du Matin, du Soir, conjonction inférieure et supérieure), leurs durées. Ils utilisaient des approximations plutôt que les chiffres exacts - moins intéressants pour les exercice, de combinatoires qu'ils affectionnaient. De la même façon, la révolution utilisée de Mars était de 780 jours contre 779,9 en réalité. Par ailleurs, des inscriptions semblent faire référence aux phases de Jupiter ou de Saturne, mais aucune table se rapportant à ces planètes n'a encore été trouvée. L'astronomie occupait une place à part dans le coeur des Mayas, qui en avaient une connaissance poussée. La manière dont leurs résultats furent obtenus a fasciné les archéologues: sans nos outils modernes, à peine dotés de quelques instruments facilitant la visée, il leur a fallu des siècles d'observations patientes et de corrections. Restent encore de nombreux secrets à percer, dont le moindre n'est pas celui de l'identité de ces fameux observateurs… Des scribes ? Une catégorie toute particulière de prêtres ? Le moindre indice est important et bien des textes restent il faire parler.  
   

Table astronomique de Vénus

La colonne de droite contient des représentations de la divinité et des prophéties qui lui sont associées. Celle de gauche, des informations chiffrées concernant ses phases, ses cycles… (Codex de Dresde)

 
   

La Pierre du Soleil aztèque

 
    L'une des oeuvres les plus connues relatives aux calendriers précolombiens n'est pas maya mais aztèque : il s'agit de la Pierre du Soleil, sculptée en 1479 par l'empereur Axayacatl pour les cérémonies commémorant la fin d'un cycle de 52 ans. Car, comme les Mayas, les Aztèques faisaient fonctionner ensemble un calendrier rituel de 260 jours de 13 nombres et 20 jours (le Tonalpohualli) et un solaire de 360+5 jours (le Xiuhpohualli) : tous deux étaient cycliques et retombaient sur une date donnée au bout de 52 ans.  
    La Pierre du Soleil, monstre de 24 tonnes et de 3,5 m de diamètre, résume la cosmogonie aztèque : elle indique l'ère actuelle (celle du Soleil Tonatiuh, au centre). Des informations importantes, puisque le monde était censé se terminer avec un de ces cycles de 52 ans. Aussi les Aztèques suivaient-ils de près son déroulement et se référaient-ils au passage des Pléiades et de Vénus pour affiner leurs calculs.  
   

 
       
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