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       - Inde - Modernité mathématique et tradition védique  
    Marielle Mayo - Les cahiers de Science & Vie, no. 129 - 2012-05-01      
    Inde
Développé pour les besoins de l'astrologie, l'astronomie indienne s'inscrit dans le savoir traditionnel védique.
A partir du Ve siècle, elle introduit des outils mathématiques innovants qui permettent de prévoir les mouvements des astres avec une étonnante précision.
 
    Au siècle des Lumières, les Occidentaux redécouvrent les calculs astronomiques légués par l'Inde ancienne et s'extasient de leur validité. L'académicien Sylvain Bailly y décèle même la trace d'une sagesse léguée par un peuple antédiluvien aux Indiens, qui, à leur tour, l'auraient transmise aux Chaldéens et aux Grecs… Cela illustre la difficulté qu'éprouvent les Européens à appréhender la production des savoirs en Inde sans filtre idéologique. À l'aune de la rationalité de la science contemporaine, on aurait tôt fait de réduire l'originalité de l'astronomie indienne à ses mathématiques, oubliant que celle-ci s'est inscrite dès l'origine dans le cadre du jyotisa, une "discipline astrale"imprégnée de la cosmologie du Veda, texte sacré de l'hindouisme.  
   

Les Indiens n'ont cessé de multiplier les échanges avec d'autres civilisations. Ce manuscrit de 1840 où figurent les signes astrologiques offre une synthèse des connaissances astronomiques des systèmes utilisés en Inde, dans le monde arabe et en Europe.

 
    Les Indiens ont-il, été des précurseurs dans l'observation du ciel ? L'étude des sources sanskrites, fragmentaires et souvent obscures, ne permet pas de l'affirmer. En revanche, leur intérêt pour l'écoulement du temps s'est manifesté dès l'époque védique (environ de -1500 ~ -400). "Les hymnes du Veda évoquent déjà les années et les mois avec des références métaphoriques possibles aux mouvements du Soleil et de la Lune", précise Caterina Guenzi, spécialiste des représentations liées à l'astrologie dans le monde indien à l'École des hautes études en sciences sociales. Le système calendaire basé sur un cycle luni-solaire de cinq ans qui se constitue pendant cette période est fixé dans le Jyotisa-vedanga, appendice astronomique annexé au Veda autour de 400 avant notre ère. "Son objectif est d'identifier les moments appropriés à l'exécution des sacrifices, Sa particularité réside dans la description des positions qu'occupe la Lune le long de l'écliptique au sein de 27 ou 28 "maisons lunaires", les naksatra. "Dans les premiers siècles de notre ère, la discipline astrale "emprunte"des notions d'astronomie planétaire hellénistiques et babyloniennes et se développe progressivement en quatre grandes branches - les mathématiques, l'astronomie, l'astrologie et la divination. "C'est un savoir épistémologiquement très complexe, souligne Caterina Guenzi. Les échanges avec les autres civilisations sont multiples, et donnent lieu à un important processus d'assimilation des concepts."Ainsi, les Indiens adoptent la théorie de l'horoscope, mais vont ajouter deux "planètes sombres"correspondant aux nœuds lunaires (indiquant la position des éclipses) au système à sept planètes des Grecs afin de le rendre compatible avec la spiritualité brahmanique.  
   

Un précurseur de Copernic

 
    Chef de file de l'expansion de l'astronomie savante, Aryabhata (476-550) fait preuve d'une créativité débordante. Outre des tables de sinus et des modèles géométriques, décrivant les mouvements apparents des corps célestes et des éclipses, on lui doit une approximation de la valeur de π remarquable pour l'époque. "Son œuvre comporte aussi une algèbre assez aboutie, qui a peut-être influencé l'algèbre arabe", précise Agathe Keller. Ce précurseur énonce même une théorie de la rotation terrestre autour du Soleil bien avant Copernic ! Mais celle-ci est rejetée par ses commentateurs et successeurs…  
    Ceux-ci n'en contribuent pas moins à enrichir son œuvre durant les siècles suivants. On retiendra notamment l'apport majeur de Brahmagupta (598-668), qui utilise une algèbre de haut niveau pour résoudre des problèmes astronomiques. À son actif, l'estimation précise de la durée d'une année, une définition de la notion de zéro, et même la formulation d'une théorie de la gravitation. L'œuvre des savants indiens est comme des Arabes dès le VIIe siècle et largement diffusée en Asie du Sud-Est et jusqu'en Chine. Pour les besoins de l'astrologie, ils spéculent sur les conjonctions des astres en s'appuyant sur des algorithmes rapides et ludique." produisant des données astronomiques d'une étonnante exactitude.  
    Cette science n'en reste pas moins fondue dans la pensée religieuse. "Pour les Hindous, elle n'est pas en contradiction avec la cosmologie védique. Il s'agit simplement de modèles qui répondent à des questions différentes", remarque Caterina Guenzi. Alors que l'astrologie, considérée comme une superstition, va être marginalisée en Occident à la fois par la religion et par les sciences dures, elle conservera en Inde une fonction sociale importante, s'appliquant à tous les domaines pratiques. En 2001,son enseignement sera même réintroduit dans certaines universités…  
       
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