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    Les 26 éléments qui vont nous manquer  
    Lise Barnéoud - Science & Vie, no. 1136 - 2012-05-01      
    La richesse de la Terre n'est pas infinie…
et certaines ressources sont déjà menacées.
Voici la liste, inédite, des matières en voie de raréfaction.
 
    Etabli à la fin du XIXe siècle, le tableau périodique des éléments - ou tableau de Mendeleïev, du nom de son inventeur - dresse l'inventaire exhaustif de la diversité des atomes présents sur Terre et, partant, des ressources disponibles, Métaux, terres rares, gaz rares… pas moins de 118 éléments, témoins de la richesse de notre planète, Mais cette richesse n'est, hélas, pas infinie ! Car, à l'instar de la liste rouge mondiale des espèces menacées, voici la liste des matières premières minérales qui pourraient bientôt se faire de plus en plus rares, Une liste bien longue, qui concerne tout à la fois des éléments inconnus du grand public (antimoine, néodyme, indium…) et des piliers de l'évolution millénaire de nos sociétés (or, argent, cuivre…)  
   

En bleu : les éléments abondants ou peu utilisés
en rouge, ceux en voie de pénurie

 
    Cette liste, nous l'avons établie au terme d'un minutieux travail ayant consisté à croiser les études, traitant de l'état des ressources, qui se sont multipliées ces trois dernières années - signe d'une prise de conscience. Rapports de la Commission européenne, du département de l'Energie des Etats-Unis, du Bureau d'études géologiques britannique, mais aussi articles universitaires plus confidentiels: chaque étude pointe nombre d'éléments dont l'approvisionnement est qualifié de "critique", "à risque" ou "stratégique", Les critères varient quelque peu car, comme le pétrole nous l'a appris, le manque est une notion complexe : il existe plusieurs raisons, qui souvent s'additionnent, pour considérer que la disponibilité d'un élément et, ou sera, l'objet d'une tension croissante.  
   

Sur quelles réserves compter ?

 
    Des facteurs d'ordre géologique ou technologique, comme la faible abondance naturelle de ces ressources, la difficulté de leur extraction, le faible niveau (voire l'inexistence) de recyclage, ou la difficulté, quand ce n'est pas l'impossibilité, à remplacer ces éléments, Mais entrent également en compte des considérations géopolitiques et économiques : monopoles, instabilité de pays producteurs, mesures de protection de l'environnement ou explosion de la demande dans les secteurs en forte croissance (high-tech, énergies alternatives), Si leur accès est, ou sera bientôt, difficile et coûteux, les éléments mentionnés ne sont toutefois pas menacés d'extinction : aucun ne disparaîtra jamais, Et si l'on peut établir pour chacun le nombre d'années de réserves dont l'homme dispose, à partir des quantités répertoriées et utilisées actuellement, nous ne sommes pas à l'abri d'une surprise, bonne ou mauvaise, Bien sûr, la découverte de gisements, le développement de nouvelles techniques d'extraction ou l'irruption de besoins criants pourraient éloigner ou rapprocher le spectre de la pénurie. Mais, pour l'heure, voici les 26 éléments placés sous surveillance.  
Cuivre  

Vers la fin de 10'000 ans d'exploitation<

 
   
 
    Il a permis à l'homme de sortir de l'âge de pierre et il est désormais omniprésent dans notre quotidien. Energie, communications, transports, constructions, électronique… le cuivre est tout à la fois la colonne vertébrale et le système nerveux de nos sociétés. Mais le "métal rouge" pourrait bien ne plus pouvoir tenir longtemps son rôle. Car la croissance de la population et de l'économie mondiale au XXe siècle a fait exploser la demande pour cet élément malléable et très bon conducteur d'électricité. Ainsi, sur près de 600 millions de tonnes de cuivre extraites au cours de millénaires par l'humanité, 98 % l'ont été après 1900 !  
    Et l'avenir s'annonce encore plus friand. Selon un rapport de l'Onu paru en 2010, qui évalue les stocks de métaux immobilisés dans nos sociétés, chaque habitant des pays industrialisés demande 140 à 300 kg de cuivre, tandis que le reste du monde n'en mobilise que 30 à 40 kg par personne. Le rattrapage de pays émergents, comme la Chine, l'Inde ou le Brésil, se traduirait donc par des besoins vertigineux. "Fournir à l'ensemble du monde le niveau de services rendus aujourd'hui par le cuivre dons les pays développés nécessiterait la conversion de tous les gisements géologi-ques connus en stock, ainsi qu'un recyclage quasi total de ce métal", affirme Robert Gordon, de l'université Yale. Jusqu'ici, les mines sont parvenues à délivrer toujours plus de ce précieux métal grâce à de nouvelles découvertes, mais aussi à l'extraction de minerais de moins en moins concentrés en cuivre. Après 10'000 ans d'exploitation, inutile d'imaginer ramasser ce métal à l'état pur: il faut désormais se contenter de roches qui en contiennent moins de 1%. Réussir à exploiter des gisements aussi pauvres a permis de multiplier par 25 en cent ans le volume des réserves connues et économiquement exploitables.  
   

Un équilibre sur le point d'être rompu

 
    Mais, dans le même temps, la demande a été multipliée par 30, passant de 0,5 million de tonnes en 1900 à 16 millions en 2011. De sorte que le "matelas" que procurait l'accroissement spectaculaire des réserves est devenu de plus en plus fin. Dans les années 1940, on estimait ainsi disposer de 60 ans de réserves de cuivre, compte tenu des stocks connus à l'époque et du rythme de production. Aujourd'hui, malgré la mise au jour de nouveaux gisements et des techniques d'extraction plus performantes, ce chiffre est tombé à 38 ans ! "II ne faut pas voir ce résultat comme signifiant 'combien de temps avant qu'il n'y en ait plus', mais plutôt comme un indicateur relatif utile de l'équilibre actuel entre l'approvisionnement et la demande", note Thomas Graedel, chercheur à Yale. Un équilibre qui tend donc à nous être moins favorable, et qui pointe la nécessité de faire rapidement de nouvelles découvertes, au risque de grignoter toute avance. "Pour qu'il n'y ait pas d'interruption dons l'approvisionnement à long terme, il faut trouver deux à trois fois plus de métal que ce qui est extrait actuellement, estime Richard Schodde, directeur de la société australienne MinEx Consulting. Car seule la moitié des gisements découverts est ensuite exploitée. "Sur la dernière décennie, les quantités de cuivre découvertes étaient tout juste deux fois supérieures à celles consommées, mais Richard Schodde prévoit que ce rapport passera sous ce seuil fatidique dans les prochaines années : "Le nombre de découvertes est en baisse, et il faut entre 5 et 25 ans avant qu'un nouveau gisement soit exploité. Il existe donc un risque réel que l'industrie ait à faire face à des contraintes d'approvisionnement à court terme. " Né du cuivre, "Homo metallicus" est mis au défi de pérenniser son règne…  
Europium, terbium,
yttrium
 

Le spectre d'un monde sans lumière

 
   
 
    Sans ce trio d'éléments, il faudrait revenir à la télévision en noir et blanc ! Sur nos écrans, en effet, le rouge est renvoyé par l'assemblage europium-yttrium, le bleu par l'europium seul et le vert par le terbium. Problème : "Après avoir été surexploités pendant plus de 50 ans pour les TV à tube cathodique, ces éléments le sont encore dans les écrans plats plasma et LCD", s'alarme Patrice Christmann, responsable des ressources minérales au Bureau de recherches géologiques et minières. Comme s'il était impossible de se passer de leurs propriétés de luminescence ! Et, de fait, les nouvelles lampes basse consommation (fluocompactes et LED) en font aussi usage pour gagner en éclat. Si bien que le ministère de l'Energie américain parle de situation "critique" : terbium, europium et yttrium manqueraient avant 2015…  
Antimoine  

Des mines polluantes aux ressources bientôt épuisées

 
   
 
    Il assure notre sécurité, en servant de retardateur de flamme dans les peintures, les textiles ou les plastiques… mais c'est justement pour des raisons de sécurité que l'antimoine pourrait bientôt faire défaut. La Chine, son principal producteur, a fermé de nombreuses mines et fonderies d'antimoine ces deux dernières années, notamment dans la province du Hunan, qui assure à elle seule 60% de l'approvisionnement mondial. Et lorsque, une fois ces fonderies remises aux normes, la production redémarrera, cela sera sans doute de courte durée : selon les déclarations officielles, après plus d'un siècle d'exploitation en continu, les mines d'antimoine de la région ne disposeraient plus que de cinq ans de production devant elles.  
Phosphore  

Ildispensable à l'alimentation mondiale

 
   
 
    L'enjeu est ici d'une terrifiante simplicité : sans phosphore, pas de vie sur Terre ! Il suffit de penser que cet élément forme la structure même de l'ADN, qu'il pilote la respiration - ainsi que la photosynthèse chez les plantes - ou encore le métabolisme cellulaire. C'est pourquoi chaque être humain en réclame à peu près deux grammes par jour. D'où vient-il ? De l'alimentation - végétale ou animale. Tout part en fait des engrais issus des mines de phosphates qui servent à la croissance des cultures, dont se nourrit au passage le bétail. Et, avertit Jean-Claude Fardeau, de l'Institut national de la recherche agronomique: "Il n'y a aucun substitut possible au phosphore, véritable facteur limitant du vivant."  
    Or, aussi étonnant que cela puisse paraître, la ressource en minerais de phosphates n'a encore jamais fait l'objet de précautions particulières ! Au point que des chercheurs de l'Institute for sustainable futures (Australie) annoncent un pic de production du phosphore au milieu des années 2030, au vu de la consommation actuelle couplée à l'épuisement des gisements de qualité à travers le monde. Cette prévision est très controversée, mais suscite une angoisse : pourra-t-on extraire assez de phosphore pour nourrir les 9 milliards d'habitants attendus en 2050 ? Historiquement, rappelle Jean-Claude Fardeau, "l'humanité a toujours recyclé le phosphore, sans le savoir, en réutilisant comme engrais les excréments des animaux - mais aussi ceux des hommes - qui en sont riches. Une époque où tous les cultivateurs étaient aussi éleveurs". En clair, tout s'équilibrait sans qu'il y ait besoin de connaître l'existence du phosphore ni ses effets sur la croissance des plantes.  
   

Une consommation abusive

 
    L'identification du rôle de l'élément phosphore par les chimistes remonte au début du XIXe siècle, alors que des famines apparaissent et qu'il devient urgent d'augmenter les rendements. Le guano (fiente d'oiseau fossilisée) est alors mis à contribution, jusqu'à épuisement. Puis vient le tour du minerai de phosphate, dont l'usage n'est pas pour rien dans la multiplication de la population mondiale par quatre au XXe siècle. Qu'on en juge : alors qu'en 1915 les rendements de blé stagnaient à l ou 2 tonnes par hectare, ceux-ci dépassent aujourd'hui les 7 t/ha. Sauf que cette révolution verte s'est réalisée au prix d'une consommation totalement abusive de minerais. Un exemple : "De 1945 à 1970, la France a utilisé près de trois fois plus de phosphates que nécessaire, tandis que les fumiers n'étaient plus guère utilisés", s'indigne Jean-Claude Fardeau. Il faut dire que l'assimilation du phosphore des engrais par les racines est très laborieuse. Sans parler des pertes liées à l'érosion et autres gaspillages… Résultat: des 15 millions de tonnes de phosphore épandues chaque année, seuls 3 millions parviennent jusque dans nos assiettes. Pis, ces 3 millions de tonnes, une fois rejetées par le corps humain, ne retournent plus aux terres arables. Eh oui, urbanisation oblige, ce phosphore excrété s'en va à travers les égouts pour se perdre, in fine, dans les fonds marins… Sans qu'aucune autorité ne s'intéresse à son recyclage.  
    Le gâchis est immense. D'autant plus que l'évolution de la demande s'annonce préoccupante, souligne Andrea Ulrich, de l'institute for Environmental Decisions (Ecole polytechnique de Zurich): "En plus de l'augmentation de la population, les Chinois et les Indiens consomment de plus en plus de viande [ce qui nécessite deux fois plus de phosphates qu'un régime végétarien] et il ne faut pas non plus négliger l'essor des biocarburants, dont les cultures exigent elles aussi des phosphates." Avant de conclure : "Ignorer ce problème pourrait mettre en péril la sécurité alimentaire mondiale." Car il est bien certain que la demande en phosphore ne disparaîtra jamais.  
Hélium  

Les grands instruments scientifiques en péril

 
   
 
    Ses applications ludiques (ballons d'anniversaire, modification de la voix) laissent penser qu'il est abondant et futile. Rien n'est plus fau! Produit en sous-sol par la décroissance radioactive des roches, l'hélium s'échappe jusque dans l'espace, en ne laissant dans l'atmosphère que des traces inexploitables (0,0005%). Les seuls pièges qui peuvent le retenir ici-bas sont les réservoirs de gaz naturel. Or, intervient Norbert Pacheco, du Bureau des mines américain, "peu de gisements de gaz en contiennent assez pour justifier sa récupération".  
    Les champs gaziers les plus riches en hélium se concentrent au Texas. Mais voilà, exploités depuis longtemps, ils sont déjà sur le déclin. Tandis que les stocks stratégiques tenus par les Etats-Unis depuis 1925 (grande époque des ballons dirigeables gonflés à l'hélium) sont en voie de liquidation. Un comble quand on connaît les propriétés sans égal de l'hélium. Doté du point d'ébullition le plus bas (-269°C), il permet d'atteindre les températures ultrabasses propres aux expériences de physique ainsi qu'aux aimants supraconducteurs des télescopes et appareils d'imagerie médicale. Plusieurs nouveaux instruments n'ont pu être lancés cette année, faute d'hélium. L'industrie spatiale ne peut pas non plus s'en passer, fait-on savoir chez Arianespace : "La petite taille de ses atomes le rend idéal pour détecter les fuites. Surtout, comme il est chimiquement inerte, l'hélium est incontournable à l'heure de purger les réservoirs de nos fusées avant le décollage." Cette inertie paraît aussi indispensable pour la fabrication des semi-conducteurs, activité en perpétuelle croissance. Seul espoir : que de nouveaux gisements, au Qatar ou en Russie, se révèlent riches en hélium.  
Dysprosium, néodyme  

Une menace pour l'avenir des énergies vertes

 
   
 
    Qui oserait imaginer un avenir sans voiture électrique ni éolienne ? Et pourtant la question se pose tant la pression est grande sur le néodyme et le dysprosium, deux ingrédients essentiels de ces technologies vertes… Par leurs qualités magnétiques sans pareil, ils se sont rendus indispensables aux aimants qui animent les générateurs électriques. L'idée d'utiliser ces éléments remonte au début des années 1980, alors qu'une guérilla au Zaïre bloquait les approvisionnements en cobalt, utilisé dans les aimants. Depuis, leur consommation n'a cessé de s'accélérer, à raison d'un kilogramme de néodyme par voiture hybride et de près d'une tonne par éolienne; l'ajout de dysprosium permettant de résister aux hautes températures. Des métaux produits à 97 % par la Chine. Or, prévient Jack Lifton, directeur du Technology Metals Research, "les Chinois ont indiqué, à raison, que leurs gisements de ces ‘terres rares lourdes' étaient en voie d'épuisement". Le plus menacé étant le dysprosium… Dont le nom grec – dysprositos – signifie d'ailleurs "difficile à obtenir". Peu rassurant quand on sait que, selon une récente étude du MIT, les objectifs de réduction de CO2 exigeraient d'augmenter l'offre de dysprosium de 2'600% d'ici à 2035…  
Rhénium  

Un produit très difficile à extraire

 
   
 
    Voici sans doute le métal le plus difficile à obtenir au monde : le rhénium est en effet un sous-produit de la molybdénite… elle-même sous-produit de l'extraction du cuivre. Bref, ses pépites n'apparaissent qu'en bout de chaîne, au beau milieu des cendres des fours de raffinage. Imaginez que le premier gramme découvert, en 1925 seulement, avait nécessité de traiter 660 kg de minerais ! Aujourd'hui encore, l'industrie mondiale ne parvient à produire que 40 ou 50 tonnes de rhénium par an (contre 2'000 tonnes pour l'or, par exemple).  
    Pourquoi une telle abnégation ? C'est qu'il est devenu indispensable aux avions de ligne et aux avions de chasse – c'est dire son importance stratégique. Le rhénium permet en effet aux turbines des réacteurs de résister aux très hautes températures (supérieures à 1000°C) synonymes d'efficacité. Son destin, lui, n'en reste pas moins fragile…  
Uranium  

Des décisions cruciales à prendre d'ici vingt ans

 
   
 
    Y aura-t-il assez d'uranium pour étancher la soif d'électricité du monde ? Malgré la catastrophe de Fukushima, un quasi-doublement des capacités électronucléaires est en effet envisagé dans les 20 à 30 prochaines années. Dans cette perspective, les besoins en uranium en 2035 atteindraient 90'000 à 2,5 millions de tonnes par an. Soit le double de ce que les mines d'uranium ont fourni en 2010 ! Ont-elles assez de réserves pour suivre la cadence ? Pas si sûr… "Compte tenu des besoins du parc nucléaire actuels et projetés, les ressources 'raisonnablement assurées' aujourd'hui, soit environ 2,5 millions de tonnes d'uranium, seront entièrement consommées d'ici à 2035, estime Marc Delpech, chef de programme de l'amont du cycle à la Direction de l'énergie nucléaire du CEA. Si l'on ajoute l'uranium requis pour le fonctionnement jusqu'à la fin de leur vie des réacteurs présents en 2035 dons le monde, les besoins atteignent 6,3 millions de tonnes d'uranium." Soit l'ensemble des ressources identifiées à ce jour.  
   

Il faut réinvestir dans la prospection

 
    Après, il faudra exploiter des ressources qui n'ont pas encore été découvertes, prévient Marc Delpech. Pour cela, il faudra réinvestir dans la prospection, qui a connu un creux dans les années 1990 avant de repartir depuis 2005. Cependant, "aucune découverte récente significative n'a été réalisée en dehors de l'extension de gisements déjà connus ", assure le chercheur. Sans compter que la prospection et la mise en exploitation constituent une entreprise de longue haleine. Ainsi, l'ouverture de la mine souterraine de Cigar Lake au Canada, qui pourrait assurer l0% de la production mondiale, ne cesse d'être reportée. A la suite d'inondations, l'exploitation de ce gisement découvert il y a plus de 30 ans, initialement prévue en 2007, ne devrait être pleinement opérationnelle qu'en 2017. Par ailleurs, la moitié des mines aujourd'hui exploitées ont été mises en service avant les années 1980, et sont contraintes d'extraire des minerais aux teneurs en uranium de plus en plus faibles, avec un coût énergétique croissant. "II peut y avoir à l'avenir un problème de timing entre la demande et la production d'uranium, reconnaît Robert Vance, analyste à l'Agence pour l'énergie nucléaire, car après, Fukushima, le développement des mines n'a pas été aussi rapide qu'attendu. Pour autant, je suis optimiste sur l'étendue des ressources qu'il reste à découvrir dans le sous-sol de la planète. Et si le prix de l'uranium montait très haut, il pourrait devenir rentable d'exploiter des sources d'uranium alternatives, comme les phosphates ou l'eau de mer !"  
    Pour faire face à la pénurie annoncée, le recyclage multiple des matières est une solution à l'étude pour les futurs réacteurs à neutrons rapides, de 4e génération, qui pourraient être déployés à partir de 2040 et ne consomment quasiment pas d'uranium. Mais cette solution pourrait paradoxalement pâtir d'une rareté du précieux combustible. "Le discours classique veut que quand on n'aura plus d'uranium, on passera à la génération IV, remarque Adrien Bidaud, du Laboratoire de physique subatomique et de cosmologie (CNRS). Mais ces réacteurs ont quand même besoin, pour leur démarrage, du plutonium… Donc, contrairement à l'idée reçue, en dehors des quelques pays ayant un passé nucléaire, la transition vers les réacteurs de génération IV serait plutôt encouragée si le risque de pénurie en uranium était lointain." Au lieu de favoriser sa mutation, le manque d'uranium risque donc de freiner le développement de l'industrie nucléaire.  
Rhodium, platine  

Des éléments naturellement rares

 
   
 
    Attention, rareté : le rhodium s'avère dix fois moins présent dans l'écorce terrestre que l'or - soit une teneur fantomatique de 0,000'000'01%. Et pour ne rien arranger, la quasi-intégralité du rhodium et de son cousin le platine se trouve dans un seul filon, Bushveld, en Afrique du Sud. Or, "l'humanité a déjà extrait et utilisé la moitié des réserves totales de ces platinoïdes", signale Robert Gordon (université Yale). C'est que, outre la joaillerie, l'industrie automobile n'a plus d'autre choix que d'utiliser ces catalyseurs hors pair dans les pots d'échappement. Objectif ? Satisfaire aux normes de pollution toujours plus sévères. Et le platine pourrait bien décider de l'avenir des trans-ports, car on imagine mal concevoir des piles à hydrogène sans lui…  
Or  

Un filon presque tari

 
   
 
    Le métal le plus recherché au monde - en 2011, 40% des investissements en exploration minière lui étaient consacrés - se joue désormais des tentatives désespérées de l'homme de mettre la main sur lui. Malgré un quintuplement des dépenses de recherche au cours de la décennie écoulée, le rythme des découvertes s'essouffle. Et les meilleurs filons se tarissent. Les grands gisements d'Afrique du Sud, où l'on n'hésite plus à creuser jusqu'à 4 km de profondeur pour extraire le précieux métal jaune, ont déjà donné le meilleur d'eux-mêmes. Premier producteur mondial d'or pendant un siècle, avant de céder sa couronne à la Chine en 2007, le pays a vu fondre sa production de… 80% en 40 ans Même déconvenue aux Etats-Unis et au Canada. Quand bien même la production d'or a atteint un sommet historique en 2001 - près de 2'600 t - jamais égalé depuis. Ce qui, justement, a fait dire en 2009 au président de Barrick Cold Corporation, le plus gros producteur mondial, qu'il y a "de solides arguments pour considérer que nous sommes déjà au ‘pic d'or'''. Lueur d'espoir, après des années de déclin : les quantités extraites augmentent un peu depuis 2009. "Mais d'ici un à trois ans, la production mondiale diminuera à nouveau, prédit Thomas Chaize, analyste du secteur minier. Car aucun pays ne sera en mesure de produire les 1'000 t d'or de l'Afrique du Sud des années 1960." Le plus vieux métal du monde sera donc peut-être le premier à tirer sa révérence.  
Zinc  

Un gâchis irréversible

 
   
 
    L'histoire du zinc est celle d'un immense gaspillage : chaque année dans le monde, 120'000 tonnes environ partiraient en poussières ! Et pour cause : ce métal bleu gris est utilisé dans des applications aussi dispersives que les plaquettes de frein, les pigments ou les pâtes dentifrices. L'ennui, c'est que le zinc tient aussi un rôle capital dans notre société : celui de protéger de la corrosion toute structure en acier. Le tout formant un alliage dont il est ensuite difficile, au recyclage, d'extraire le précieux zinc… Résultat : ses réserves en sous-sol sont siphonnées à grande vitesse.  
Indium  

Des priorités à définir au plus vite

 
   
 
    Il va falloir choisir entre smartphones et panneaux solaires. Combiné avec l'étain et l'oxygène, l'indium est à la fois transparent et conducteur d'électricité, des propriétés qui donnent vie aux écrans tactiles. Ajoutez-lui plutôt du cuivre et du sélénium, et vous obtiendrez un alliage opaque et bon collecteur de lumière, qui a fait naître une nouvelle génération de cellules photovoltaïques. Un engouement qui explique que sa consommation ait été multipliée par 12 ces trente dernières années. Ce rythme est-il tenable ? D'après les projections du département de l'Energie américain, l'approvisionnement deviendra critique dès 2015. Et en cas de déploiement en masse des panneaux solaires, il faudrait "réduire la demande pour les applications ne concernant pas les énergies renouvelables, afin d'éviter les pénuries".  
Technétium 99, hélium 3  

Déjà en situation de pénurie

 
   
 
    Ils nous ont toujours manqué ! De fait, ces isotopes à la durée de vie éphémère sont quasi inexistants dans la nature. Or, l'industrie nucléaire a le plus grand mal à les produire à flux tendus… Malgré leur importance parfois vitale. A commencer par le technétium-99, utilisé pour le diagnostic des cancers et des maladies cardiovasculaires. Ce composé n'est produit que par 5 réacteurs dans le monde, tous accusant plus de 45 ans d'âge et souvent arrêtés pour maintenance. "En 2010, il y a eu plusieurs semaines sans production, raconte Alain Alberman, du CEA. Le pire est à craindre pour 2015 car certains réacteurs arriveront alors en fin de vie." Même si d'autres solutions sont à l'étude.  
    Mais la substance la plus en danger est l'hélium-3, dont les stocks ont été vidés par la multiplication des portiques de sécurité aux Etats-Unis. Dommage, car en plus de son usage dans les appareils de radiopro-tection, "seul l'hélium-3 permet d'approcher le zéro absolu en cryogénie, et montre des comportements quantiques uniques", se désole William Halperin, physicien à l'université Northwestern.  
       
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