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    Vers une autre révolution cosmologique ?  
    Emmanuel Monnier - Science & Vie, no. 1133 - 2012-02-01      
    Depuis qu'à la Renaissance un chanoine féru d'astronomie a redessiné notre système solaire, les astronomes n'ont eu de cesse de le replacer dans un grand Tout : étoiles, galaxies, amas… et au-delà ?
La cosmologie tente de le décrire dans sa globalité.
Pourtant la prochaine révolution se joue ailleurs : notre univers n'est peut-être pas unique !
 
    L'an 1512 et la Terre cessa d'être le centre du monde…
En rédigeant en secret sa théorie de l'Univers, Copernic savait qu'il faisait plus que défier son temps : c'est l'homme lui-même qu'il destituait.
 
    Par terre Ptolémée et son système absurde ! En cette soirée de 1512, dans sa chambre de la cathédrale de Frombork, en Pologne, le chanoine Copernic a mieux à faire que dormir. Après une dure journée passée à administrer le diocèse, il s'est enfin décidé à mettre ses idées par écrit, des idées qui, malgré son grand respect pour l'astronome grec, mettent à bas l'empilement d'artifices auxquels celui-ci a eu recours pour expliquer la course des planètes. A 39 ans, Copernic est déjà un médecin écouté. Mais son ambition va bien au-delà : il veut remettre tout le cosmos… à l'endroit. Voilà plus de treize siècles que celui-ci s'appuie sur la vision de deux géants. Aristote, d'abord, qui au IVe siècle av. J.-C. a placé la Terre au centre de l'Univers avec, autour d'elle, les étoiles et sept "planètes" (la Lune, Mercure, Vénus, Soleil, Mars, Jupiter et Saturne), qui tournent en cercle à vitesse constante. Au-delà, Aristote a fixé les étoiles sur une sphère, elle aussi centrée autour de la Terre, et tournant sur elle-même. Sauf que, depuis le temps que le ciel est scruté à l'oeil nu, les astres ont toujours refusé de se soumettre à cette perfection. Les planètes, en particulier, font régulièrement des demi-tours dans le ciel. C'est ici qu'intervient l'autre géant : Ptolémée. Au IIe siècle après J.-C., il élabore une machinerie complexe qui permet de mettre bon ordre dans le ciel. Ainsi, les planètes décrivent-elles un petit cercle dont le centre tourne lui-même, non autour de la Terre, mais d'un point imaginaire, et de manière uniforme par rapport à un autre point fictif : l'équant.  
   

Commentaxiolus du chanoine, médecin et astronome Nicolas Copernic place le Soleil au centre du cosmos.

 
   

Une vision sacrilège

 
    Ce décalage subtil permet de mettre de l'ordre dans le mouvement apparent des astres. Or, cet équant choque Copernic. Car Aristote était formel : on ne peut pas tourner autour de rien. Et comment expliquer que Mars change autant d'éclat si elle reste toujours à la même distance de nous ? Le chanoine repense un instant aux tableaux qui ornent sa cathédrale. Comme les peintres qu'il a naguère côtoyés en Italie, il veut jouer avec les perspectives. Comment le monde nous apparaîtrait-il si l'on éjectait la Terre du centre du cosmos pour y mettre, comme l'ont fait quelques audacieux auteurs antiques, le Soleil, fixe ? Si la Terre tournait en plus sur elle-même, observe-t-il, on retrouverait bien l'ensemble des mouvements célestes. Il suffit, pour cela, de repousser la sphère des étoiles à une distance immensément grande. Quant à la course erratique des planètes, elle ne serait qu'un simple effet de la révolution de la Terre autour du Soleil.  
    Copernic sait que sa vision est sacrilège. Pour l'Eglise… et pour les astronomes de son temps. D'où son projet de ne rédiger pour l'heure qu'un petit manuscrit, d'à peine quelques pages, seulement destiné à des proches, et dont le titre modeste - Commentaxiolus ("Commentaires" en français) dissimule l'ambition. Il faudra toute la ténacité d'un jeune disciple, Rheticus, pour qu'il accepte, au soir de sa vie, 30 ans plus tard, d'imprimer ses idées dans son imposant De revolutionibus. Une œuvre puissante qui, en proposant une vision complète et solide d'un Univers dont l'homme n'est plus le centre, révolutionnera l'astronomie et la philosophie.  
   

Ce planétarium révèle toute l'ampleur de la révolution copernicienne : la Terre n'est plus fixe, elle tourne autour du Soleil, mais aussi sur elle-même.

 
       
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