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    Objectif Mars : rendez-vous dans 10 ans  
    Jean-Bernard Desfayes - Le Nouveau Quotidien - 1997-11-18      
    La conquête de la planète rouge est possible avant 2010. Tous les moyens techniques, industriels, scientifiques et même financiers, existent déjà. Robert Zubrin, l'un des "martiologues" les plus réputés outre-Atlantique, a tout calculé.  
Sojourner   Un jouet d'enfant, à peine gros comme un camion Fisher-Price, a secoué cette année la torpeur estivale. Le 4 juillet, jour de l'Indépendance américaine, il se posait comme une fleur sur le sol de la planète Mars, protégé par les boudins gonflables chargés d'amortir le contact avec le sol rugueux de la planète. Pendant près de quatre mois, Sojourner - c'est son nom - a gambadé autour de sa niche dont la caméra surveillait ses moindres faits et gestes. On se serait cru revenu 28 ans en arrière quand, par une belle nuit d'été aussi, Armstrong et Aldrin foulaient pour la première fois le sol lunaire.  
    Grâce à Mars Pathfinder et au petit rover Sojourner, on peut de nouveau rêver. C'est comme si la planète rouge s'était rapprochée de nous au point d'être saisissable. Encore une demi-douzaine de missions d'exploration robotisée et, dans environ une quinzaine d'années - promis, juré - un premier groupe de Terriens se transformera en Martiens, l'espace de quelques mois. Peu importe s'il y a quelques années de retard. La conquête et la colonisation de la quatrième planète du système solaire est en marche.  
nouvelle frontière   Ça avait pourtant mal commencé. Le 20 juillet 1989 au Musée de l'air et de l'espace à Washington, à l'occasion des 20 ans du débarquement lunaire, le président de l'époque, George Bush, tente d'imiter Kennedy et de définir pour le peuple américain une "nouvelle frontière" : ce sera d'abord la station spatiale Freedom pour les années 1990, le retour sur la Lune au tournant du siècle et, quand on pourra. le débarquement sur Mars. Trois mois plus tard, la NASA lui présente son projet martien, un programme colossal assorti de vaisseaux spatiaux de 1'000 tonnes, assemblés et lancés en orbite terrestre pour un périple d'une année et demie, dont un mois sur la planète rouge. L'agence spatiale lui présente aussi l'addition : 450 milliards de dollars, 600 milliards de francs… Cherchez l'erreur.  
    Aucun homme politique ne peut soutenir un projet aussi monstrueux dans une période économique délicate. Il est enterré et, avec lui, la station Freedom - cette dernière renaîtra cependant sous une forme simplifiée et avec le soutien de l'ancien concurrent, la Russie, qui rejoint les autres partenaires, l'Europe, le Canada et le Japon. On croit alors que l'"Opération Mars" est définitivement passée aux oubliettes. C'est compter sans l'opiniâtreté d'un groupe d'une douzaine d'ingénieurs de la société Martin Marietta, qui fabrique notamment les lanceurs Titan. Robert Zubrin en est la tête pensante et Ben Clark en est la conscience.  
    Pour la jeune équipe de visionnaires, les études précédentes pour la conquête de Mars ont eu tout faux. La clé de l'opération, ce n'est pas un déluge de dollars ni le recours à des techniques gigantesques et futuristes. Non. Tout ce qui est matériellement nécessaire à la réussite existe déjà ou est bien connu et maîtrisé. La clé de voûte du projet de Zubrin et de ses collègues, c'est de partir "léger" et de se ravitailler sur place, comme l'ont fait tous les grands explorateurs de la Terre. En d'autres terme, au lieu de partir en emportant d'un coup à bord d'un vaisseau colossal tout ce qui est nécessaire à l'aller ET au retour, il suffit de fabriquer le carburant sur Mars, selon une méthode éprouvée depuis un siècle. En gros, le scénario serait le suivant.  
le matériel   Pour le lanceur, la recette est simple : prenez quatre moteurs principaux et deux accélérateurs à poudre de navette spatiale. Collez-les à un réservoir principal de navette un peu renforcé et surmonté d'un étage orbital. Cet attelage, baptisé Arès (le dieu de la guerre de la mythologie grecque comme Mars l'est de la romaine), d'une puissance correspondant à celle de la Saturne V du programme Apollo pour la Lune, est en mesure d'injecter 45 tonnes de charge utile sur une trajectoire martienne.  
la première étape   En février 2006, calcule Zubrin avec optimisme, un premier lancement non habité envoie sur Mars un véhicule ERV (Earth Return Vehicle) qui servira plus tard aux astronautes à regagner la Terre. La charge utile se compose en outre d'un petit réacteur nucléaire de 100 kilowatts qui fournit l'énergie nécessaire à la fabrication du carburant pour le vol retour. Les réservoirs sont en effet presque vides à part 6 tonnes d'hydrogène liquide. L'usine miniature qu'emporte aussi Arès 1, va pomper l'air de la planète qui contient 95% de dioxyde de carbone (CO2) et le combiner à l'hydrogène (H2) pour en faire du méthane (CH4) et de l'eau (H2O); l'eau sera à son tour séparée en oxygène utilisable comme comburant et en hydrogène pour recommencer le processus. En 6 mois, il sera possible de produire 120 tonnes de méthane et d'oxygène, suffisamment pour alimenter les moteurs pour le vol de retour et ceux des véhicules d'exploration martienne. L'enfance de l'art, répète l'ingénieur pour qui cette technologie remonte à l'ère des lampes à gaz…  
deuxième étape   En octobre 2007, Arès 2, toujours sans astronaute à bord, s'envole vers Mars avec un deuxième ERV. Quinze jours plus tard, Arès 3 prend à son tour le chemin de la planète rouge, emportant la première habitation martienne, un cylindre de 8 m de diamètre et 5 m de hauteur, 100 m2 de surface habitable pour les premiers explorateurs de la planète rouge. Mais cette fois, il y a aussi quatre personnes à bord, quatre "authentiques hommes et femmes de la Renaissance" selon Zubrin, compétents dans plusieurs disciplines, surtout en matière de mécanique, de géologie et de biogéochimie. Ils quittent la Terre pour une expédition qui va durer en tout deux ans et demi.  
troisième étape   En avril 2008, après 6 mois de vol, l'équipage se pose sur Mars pour un premier séjour de 500 jours, près de 17 mois qui ne seront pas de trop pour trouver des preuves évidentes d'une forme de vie martienne… ou de quoi infirmer cette hypothèse. De toute façon, cette première exploration devrait considérablement développer la connaissance de cette planète et de ses ressources puisque le véhicule dont ils disposeront pourra parcourir 24'000 km.  
quatrième étape,
etc.
  En septembre 2009, les quatre néo-Martiens embarquent dans le premier ERV tandis qu'un nouvel équipage décolle de la Terre à bord d'Arès 5 et d'une nouvelle habitation pour prendre la relève (un autre ERV est parti 15 jours plus tôt à bord d'Arès 4, de manière qu'il y ait toujours sur Mars deux véhicules pour le retour sur Terre). Et ainsi de suite, avec toujours deux lancements chaque deux ans.  
    C'est ainsi que, dans l'esprit des auteurs du projet "Mars Direct", devait commencer la colonisation de la planète rouge et, à long voire très long terme, la modification de son climat pour le rendre quasi terrestre. Coût de l'opération : 20 milliards de dollars pour développer le matériel et 2 milliards par mission. On est loin des 450 milliards calculés par la NASA. A la surprise de Zubrin et de ses amis, l'agence américaine est emballée par leur idée qui est adoptée, avec des modifications il est vrai. Pour des raisons de sécurité, l'équipage passe de 4 à 6 hommes et femmes. Il n'y a plus deux lancements quasi simultanés chaque deux ans, mais trois. Un lanceur amène un équipage et son habitation sur Mars; un deuxième met sur orbite martienne l'ERG qui ramènera l'équipage sur la Terre. Le troisième permet le dépôt sur le sol martien d'un véhicule de transfert capable de fabriquer son carburant selon la formule exposée plus haut; c'est lui qui, à l'instar d'un taxi, amènera l'équipage en fin de mission rejoindre l'ERG sur son orbite pour le retour vers la Terre. On retrouve un peu la méthode utilisée pour les débarquements sur la Lune.  
    C'est plus cher (55 milliards de dollars) et moins élégant que la formule précédente mais si la sécurité y gagne, pourquoi pas ? Zubrin est le premier à en convenir. Il explique son "oui" sur 300 pages palpitantes et passionnées. C'est beau la science fiction en train de devenir réalité  
   

Retrouver l'enthousiasme perdu

 
    Aller sur Mars impliquera une motivation profonde qui existait de 1957 de premier Spoutnik) à 1969 de débarquement lunaire) mais qui s'est considérablement dégradée depuis lors, surtout dans la classe politique et dans une partie de l'opinion publique. Robert Zubrin discerne pourtant trois méthodes capables, selon lui, de faire refleurir l'enthousiasme nécessaire pour atteindre ce formidable objectif.  
Le modèle
Kennedy
  En 1962, le président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, mobilisa le pays. Extraits de ce discours entré dans l'histoire : "Nous avons choisi d'aller sur la Lune, non pas parce que c'est facile mais au contraire parce que c'est dur, parce que cet objectif servira à canaliser et à mesurer le meilleur de nos énergies et de nos talents, parce que nous voulons relever ce défi, sans le différer, et avec la ferme intention d'en sortir vainqueurs.  
    "Si, pour l'heure, nous ne pouvons garantir que nous serons les premiers, nous pouvons garantir que tout manquement à cet effort nous reléguera en queue de peloton." Au fond, c'est aussi ce que promettait Winston Churchill à ses concitoyens au début de la Seconde Guerre mondiale : du sang et des larmes.  
    Est-ce qu'une telle mobilisation du peuple américain est encore possible au début du XXIe siècle, alors que la guerre froide n'est plus qu'un mauvais souvenir ? Robert Zubrin en est convaincu parce que cet objectif stimulerait toutes les forces vives du pays, comme naguère le programme lunaire Apollo.  
Le modèle
Sagan
  L'astronome Carl Sagan, décédé récemment, était un grand vulgarisateur scientifique et un propagandiste acharné de l'exploration de Mars. A condition de la faire à deux, avec l'adversaire d'autrefois, l'ex-Union soviétique.  
    Mais Sagan était l'avocat de cette formule plusieurs années avant la chute du mur de Berlin, ce qui montre son don de visionnaire. Zubrin, très réservé sur cette méthode au début de la décennie, pense que si la paix et la stabilité sont à ce prix, ça vaut peut-être la peine de l'étudier.  
Le modèle
Gingrich
  L'approche prônée par Newt Gingrich, "speaker" et représentant républicain de la Géorgie au Congrès américain, est originale et fondée sur l'esprit d'entreprise. Après tout, comme dit Zubrin, Charles Lindbergh n'a pas traversé l'Atlantique à partir de subventions gouvernementales.  
    Dans le cas de Mars, le gouvernement américain offrirait un prix, disons de 20 milliards de dollars, à la première organisation privée qui parviendrait à envoyer un équipage sur Mars et à l'en faire revenir. D'autres prix pourraient être attribués pour la réussite d'étapes intermédiaires.  
    L'avantage de la formule est qu'elle ne coûterait pas un cent aux contribuables si le défi n'est pas relevé. Surtout, elle permettrait, en principe, de maintenir pour cette aventure des coûts relativement bas, très inférieurs à ceux des deux autres propositions.  
    "Au XIXe, les immigrants européens mettaient aussi six mois pour se rendre en Australie"  
    Mars est la quatrième planète du Soleil dont elle est plus éloignée " de moitié que la Terre; elle est par conséquent plus froide que notre propre planète. Tandis que les températures diurnes peuvent monter jusqu'à 17°C, le thermomètre descend à -90°C pendant la nuit. Étant donné que la température moyenne sur Mars est inférieure au point de congélation, il n'y a pas d'eau liquide en surface. Mais ce ne fut pas toujours le cas. Des photos de lits de rivières asséchées prises par des sondes spatiales montrent que, dans un passé ancien, Mars était beaucoup plus chaude et humide qu'elle ne l'est aujourd'hui. Voilà pourquoi Mars est l'objectif le plus important dans la recherche d'une forme de vie extraterrestre, passée ou présente, dans notre système solaire.  
    "Le jour martien est très semblable à celui de la Terre - 24 heures et 37 minutes -, la planète tourne sur un axe incliné de 24° pratiquement équivalent à l'inclinaison terrestre et elle compte quatre saisons d'une rigueur relative comparable aux nôtres. Mais comme l'année martienne compte 669 jours (ou 686 jours terrestres), chaque saison est à peu près deux fois plus longue que sur la Terre.  
    "Mars présente une surface considérable. Quoique son diamètre soit seulement la moitié de celui de la Terre, le fait qu'elle ne soit pas recouverte d'océans donne à la planète rouge une surface solide égale à celle de tous les continents terrestres réunis. La distance de Mars par rapport à la Terre oscille entre 60 millions et 400 millions de km. Avec les moyens de propulsion actuels, un voyage simple course pour Mars prendrait environ 6 mois - beaucoup plus longtemps donc que le trajet accompli en trois jours par les missions Apollo pour gagner la Lune. Mais cela ne dépasse guère l'expérience passée des hommes : au XIXe siècle, le voyage des immigrants européens qui se rendaient en Australie prenait souvent un temps comparable. Et, comme nous le verrons, la technologie requise pour un tel périple est tout à fait à notre portée. (…)  
    "Les révélations récentes de la NASA à propos d'une forme de vie microbienne dans des fragments de roche martienne découverte dans l'Antarctique sont extraordinairement intéressantes mais pas concluantes. S'il s'agit de traces de vie, elles ne peuvent être qu'une très modeste image de ce que fut une très ancienne biosphère martienne dont les caractéristiques les plus complexes et les plus passionnantes sont encore préservées sous la forme de fossiles sur la planète elle-même. Il faudra plus que du téléguidage et des yeux de robots pour les mettre au jour. Pour les trouver, il nous faudra les yeux et les mains d'êtres humains parcourant la planète rouge en tous sens."  
    Extraits de "The Case for Mars, The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must",
de Robert Zubrin.
 
       
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