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       - Et si c'était Léonard, le copiste ?  
    Thomas Schlesser - BeauxArts, hors série 20 - 2012-03-01      
    Quatre étapes pour mieux comprendre le processus de l'atelier de Vinci.  
1.   L'étude préparatoire  
    Vinci effectue d'abord des études préparatoires pour un sujet et l'invente peut-être en dehors de toute espèce de commande. A l'origine de la Sainte Anne, il n'est ainsi jamais fait mention d'un quelconque souhait d'un client extérieur. Certainement l'artiste prend-il l'initiative de peindre ce sujet parce qu'il veut rendre hommage à la ville de Florence (alors dans une situation politique très fragile), lorsqu'il s'y réinstalle en 1500, et que sainte Anne en est l'emblème et la protectrice.  
2.   Les prototypes expérimentaux  
    Une fois que Vinci a une idée de l'œuvre qu'il veut effectuer, une fois qu'il l'a inventée, une fois qu'il l'a conçue au gré des dessins, qu'elle est donc à l'état de cosa mentale et non encore de création matérielle, il dirige ses collaborateurs et les corrige (ou plutôt se corrige lui-même à travers eux) pour qu'ils la concrétisent. Il faut donc imaginer Salaì - ou Boltraffio, Melzi ou autres… - en train de réaliser une première version de l'oeuvre peinte. Les œuvres de l'atelier de Léonard ne sont pas des copies ; elles constituent une étape expérimentale. En d'autres termes, des prototypes.  
   

Atelier de Léonard de Vinci. L'Ange. XVIe siècle, huile sur toile. Coll. musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.

 
3.   L'exécution de Léonard  
    C'est à partir de prototype, de ces visions mises en image par ses collaborateurs, que Vinci, à son tour, peint. Et voilà qui explique très bien pourquoi, sur la Joconde découverte au Prado, ou sur la version de la Sainte Anne de la collection de l'université Los Angeles, sur ces œuvres dites «léonardesques», les détails sont plus précis. Il s'agit de versions achevées qui servaient de modèles intermédiaires que Léonard, lui, copiait et améliorait ! Il copiait certes ce que lui-même avait exigé de ses assistants, mais, oui : il copiait.  
4.   L'inachèvement  
    Et il ne finissait pas ses tableaux : la Joconde n'est pas terminée, pas plus que la Sainte Anne. En comparant avec les arrière-plans des œuvres d'atelier, c'est flagrant. En réalité, Léonard cherche, d'après ces prototypes, à signer une œuvre d'une extraordinaire subtilité, dotée notamment du fameux sfumato (que les collaborateurs, eux, ne cherchent même pas à réaliser); cela prend un temps incommensurable. Aussi, les œuvres expérimentales de ses assistants sont-elles des pièces infiniment précieuses pour le puzzle. Elles disent ce que Léonard envisageait de faire ou, quand on constate une correction spectaculaire, ce qu'il a envisagé puis abandonné. Nous voilà bel et bien, grâce à la mise en relation des productions du maître avec celles de ses élèves, dans la tête de Vinci…  
   

Léonard de Vinci. Saint Jean-Baptiste. Vers 1513-1516, huile sur bois. Coll. Musée du Louvre, Paris.

 
   

Dans la tête du génie : l'exemple du Saint Jean-Baptiste

 
    Le cas de la peinture du Saint Jean-Baptiste est symptomatique. Les idées de Léonard sont non seulement illustrées par des œuvres autographes, Qui sont autant de parachèvements de sa pensée initiale, mais elles sont encore dévoilées par les œuvres d'atelier, qui constituent des marques de sa pensée intermédiaire. Au départ. Vinci souhaite une figure qui se projette vers l'avant; c'est un personnage qui s'adresse au spectateur, de façon frontale et agressive.  
    À cette composition première, Vinci substitue une attitude très différente, intériorisée, moins démonstrative. II fait basculer le bras droit sur le côté gauche du corps, de sorte que la main, au lieu de poindre vers le spectateur, revient davantage à hauteur du visage et produit un effet de spirale. Cela lui offre un dispositif plus propice à sa technique picturale, concentrée sur les passages de l'ombre à la lumière et plus pertinent aussi : Baptiste est bien le dernier des prophètes du christianisme, sortant des ténèbres pour annoncer la vérité divine.  
   

 

 
    Table des matières - suite : Les leçons techniques du maître  
       
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